Le Pakistan a franchi une étape diplomatique significative en prenant officiellement, le 17 août, la présidence de la Conférence du désarmement des Nations Unies. Ce rôle de leadership place Islamabad au centre des efforts multilatéraux visant à répondre à certains des défis de sécurité les plus pressants au monde, notamment la maîtrise des armements nucléaires, la militarisation de l’espace extra-atmosphérique et les applications militaires de l’intelligence artificielle.
Tahir Andrabi, porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères et secrétaire additionnel aux Affaires étrangères chargé du contrôle des armements et de la sécurité internationale, exercera la fonction de président de la Conférence. Il est déjà arrivé à Genève et doit présider des réunions clés dans les prochains jours.
Rechercher le consensus dans une enceinte divisée
Des sources diplomatiques indiquent que la responsabilité première du Pakistan sera de conduire les travaux de la Conférence de manière ordonnée, équilibrée et fondée sur le consensus. La tâche est loin d’être simple pour une instance qui peine depuis des années à surmonter les divisions profondes entre ses 65 États membres.
En tant que président, Tahir Andrabi préparera également le rapport annuel de la Conférence, un document exhaustif couvrant les discussions, les négociations et les progrès réalisés sur l’ordre du jour de l’année. Ce rapport sera présenté aux États membres pour adoption et servira de base à un projet de résolution qui sera soumis à l’Assemblée générale des Nations Unies, où son adoption est attendue en novembre.
Le Pakistan facilitera aussi les consultations et les négociations sur l’ordre du jour 2027 de la Conférence, contribuant ainsi à orienter l’avenir de la diplomatie mondiale du désarmement.
Espace extra-atmosphérique et technologies émergentes à l’ordre du jour
L’un des points les plus délicats de l’ordre du jour est la prévention d’une course aux armements dans l’espace extra-atmosphérique, connue sous l’acronyme PAROS. Le Pakistan organisera cette semaine un débat clé sur la question, mais les positions des États-Unis et des pays européens diffèrent nettement de celles de la Chine et de la Russie. Combler ce fossé constituera un test central des compétences diplomatiques pakistanaises.
La Conférence abordera également le désarmement nucléaire, la prévention de la guerre nucléaire, les garanties négatives de sécurité et le traité d’interdiction de la production de matières fissiles, longtemps resté dans l’impasse. Les discussions s’étendront aux technologies émergentes, y compris l’utilisation militaire de l’intelligence artificielle, et à leurs implications pour la paix internationale et régionale ainsi que pour la stabilité stratégique.
Une présidence à un moment critique
Le leadership du Pakistan intervient dans un contexte de tensions stratégiques mondiales accrues. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’intensification de la rivalité entre les États-Unis et la Chine, la modernisation continue des arsenaux nucléaires et l’accélération de la militarisation de l’espace ont souligné l’urgence d’un dialogue multilatéral efficace.
Récemment, 41 pays ont demandé, au sein de la Conférence, l’instauration d’une obligation de préavis d’au moins 24 heures pour les lancements de missiles balistiques à longue portée et les activités de lancement spatial, reflétant les préoccupations croissantes liées aux risques d’erreur de calcul et d’escalade.
La Conférence du désarmement des Nations Unies demeure la seule enceinte multilatérale permanente de négociation consacrée aux accords de désarmement et à la maîtrise des armements. Si son bilan en matière de production de traités a été mitigé au cours des dernières décennies, son rôle d’espace de dialogue et de renforcement de la confiance est largement considéré comme indispensable.
Pour le Pakistan, cette présidence offre une occasion rare d’influencer la conversation mondiale sur la sécurité à un moment où les enjeux sont exceptionnellement élevés. Le succès dépendra de sa capacité à écouter, à servir de médiateur et à trouver un terrain d’entente entre des États aux intérêts concurrents et aux perceptions des menaces divergentes.
