Le ministre israélien de la Culture a annoncé dimanche qu’il chercherait à révoquer la citoyenneté des réalisateurs de « NAZA », un documentaire donnant la parole à des militaires accusant l’armée israélienne d’avoir tué de nombreux civils à Gaza, les qualifiant de traîtres à l’État.
Le film, qui a reçu samedi un prix spécial du jury au Festival du film de Venise, a été salué sur la scène internationale mais vivement condamné en Israël.
Le ministre promet une action immédiate
« J’agirai immédiatement pour révoquer la citoyenneté israélienne » des réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor, a déclaré le ministre de la Culture, Miki Zohar, sur X.
Le ministre a accusé les cinéastes de chercher « à nuire à leur patrie afin de recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier », ajoutant qu’une telle conduite constitue une « trahison envers l’État ».
D’autres ministres s’en prennent aux réalisateurs
D’autres ministres ont également attaqué les réalisateurs dimanche soir. Tous deux sont des journalistes d’investigation qui avaient déjà collaboré à un documentaire oscarisé, « No Other Land » (2024), consacré à la violence des autorités et des colons en Cisjordanie occupée.
« Vous êtes une honte et un embarras pour tout le peuple d’Israël. Sortez ! » a écrit le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, sur X. « Je suis certain que vos amis — c’est-à-dire nos ennemis du Hamas à Gaza — vous accueilleront à bras ouverts », a poursuivi le ministre d’extrême droite.
La procédure légale de révocation
La révocation de la citoyenneté est juridiquement possible en Israël, bien que rarement appliquée. La Cour suprême a confirmé en 2022 la capacité de l’État à retirer la citoyenneté à des personnes n’ayant pas démontré leur « loyauté », par exemple en commettant des actes d’espionnage ou de trahison. La loi a été élargie en 2023 pour inclure les personnes condamnées pour « terrorisme ».
En pratique, le ministre de l’Intérieur doit déposer la demande, le ministre de la Justice doit l’approuver et des juges doivent la valider.
Ce que révèle le documentaire
« NAZA » repose sur les témoignages anonymes de 24 membres de l’armée et des services de renseignement israéliens qui exposent la manière dont les forces israéliennes tuent un grand nombre de civils dans la guerre contre le Hamas à Gaza.
Dans ce film de 80 minutes, les personnes interrogées décrivent comment plusieurs systèmes technologiques, dont l’intelligence artificielle, ont permis à l’armée israélienne de localiser des suspects du Hamas et leurs familles grâce à leurs téléphones, puis de les frapper sans distinction dans leurs habitations.
Selon le documentaire, « NAZA » est un acronyme utilisé au sein de l’armée israélienne pour désigner le nombre estimé de civils tués lors d’une frappe. Un témoin explique que les soldats disposent d’un outil qui leur indique, pour chaque résidence à Gaza, combien de personnes sont présentes et seraient donc touchées en cas de bombardement.
L’armée rejette les accusations
Après la première du film à Venise, où il a reçu une ovation debout de 25 minutes, l’armée israélienne s’est défendue en rejetant « catégoriquement » les accusations selon lesquelles elle tue massivement des civils à Gaza.
Lancée en représailles aux attaques meurtrières menées par le Hamas sur le sol israélien le 7 octobre 2023, la guerre d’Israël à Gaza a tué plus de 73 000 personnes, selon le ministère de la Santé du territoire contrôlé par le Hamas, des chiffres jugés fiables par les Nations unies.
