Un tribunal judiciaire parisien a condamné mardi 15 septembre un policier de la Brigade de répression de l’action violente motorisée (BRAV-M) à six mois de prison avec sursis pour des violences commises à l’encontre d’un journaliste lors d’une manifestation en juillet 2023.
Cette décision constitue un moment important pour la liberté de la presse en France, où les poursuites contre des membres des forces de l’ordre pour des agressions sur des journalistes restent rares. Le policier était également poursuivi pour avoir endommagé du matériel appartenant au photojournaliste indépendant Florian Poitout, mais il a été acquitté sur ces chefs d’accusation.
Violences lors d’une manifestation commémorative
Les faits se sont produits en juillet 2023, alors que Pierre Tremblay, journaliste pour HuffPost France, couvrait à Paris une manifestation en hommage à Adama Traoré, mort en 2016 dans une gendarmerie du Val-d’Oise. Pendant l’événement, Tremblay a été jeté au sol par un agent de la BRAV-M, ce qui lui a causé une entorse au poignet, une semaine d’arrêt de travail et trois semaines d’immobilisation de la main.
Plusieurs autres journalistes présents à cette même manifestation ont également signalé un usage disproportionné de la force par les policiers. Tremblay avait déclaré à l’époque avoir eu le sentiment d’être visé spécifiquement en tant que journaliste.
« Je suis journaliste professionnel en France depuis 10 ans. J’ai couvert sur le terrain presque tous les grands événements d’actualité et mouvements sociaux de cette période — les Gilets jaunes, les protestations contre la réforme des retraites, et d’autres », avait déclaré Tremblay. « Je sais filmer dans des situations tendues, parfois violentes, sans interférer avec le travail des forces de l’ordre. Malgré cela, j’observe une détérioration des relations entre la police et la presse, notamment en raison des méthodes controversées de la BRAV-M, une brigade créée dans le sillage du mouvement des Gilets jaunes. »
Bataille judiciaire et décision de justice
Tremblay a déposé une plainte auprès de l’IGPN, l’organisme français de contrôle de la police, avec le plein soutien de la rédaction de HuffPost et l’appui de Reporters sans frontières. L’affaire a mis trois ans à arriver devant un tribunal, l’audience ayant eu lieu en juin de cette année.
Réagissant après le verdict, Tremblay a exprimé son soulagement quant à l’issue de la procédure.
« J’accueille cette décision avec un grand soulagement. Pour moi, condamner un policier à six mois de prison avec sursis est un acte fort », a-t-il déclaré. « Outre qu’elle confirme un cas de violence commise par un membre de la controversée BRAV-M, c’est l’occasion de réaffirmer notre droit, en tant que journalistes, d’exercer notre profession librement et en sécurité lors des manifestations en France. »
La défense du policier lors du procès a été jugée peu convaincante, l’accusé maintenant une dénégation conforme à la position habituelle de son institution lorsqu’elle est interrogée sur les doctrines de maintien de l’ordre. Ni le policier ni son avocat ne se sont présentés à l’audience pour entendre le verdict.
Une portée pour la liberté de la presse
Stéphane Maugendre, l’avocat qui a représenté Tremblay dans cette affaire, s’est félicité de la conclusion du procès. Expérimenté dans les affaires de violences policières, il a souligné la rareté d’une telle issue.
Au-delà de la peine elle-même — six mois avec sursis et aucune inscription au casier judiciaire — Maugendre a mis en avant la portée plus large de la décision. Il l’a décrite comme « un signal fort pour les journalistes » et « un signal fort adressé aux policiers » concernant le respect de la liberté de la presse. Il a également noté que l’absence de couverture médiatique du procès avait contribué à garantir des débats sereins, ce qui ne fait que renforcer le poids de la décision.
Le policier condamné dispose de dix jours pour faire appel de la décision.
