Des pêcheurs français ont bloqué un dépôt de carburant à Frontignan, dans le sud de la France, tôt mercredi, avant que des policiers anti-émeute n’interviennent pour dégager le site, alors qu’un mouvement de protestation contre la flambée des prix du diesel et la dégradation des conditions de travail s’étend le long de la côte méditerranéenne.
Un blocus à l’aube dispersé par la police
Une centaine de pêcheurs se sont rassemblés vers 3 heures du matin pour empêcher l’accès au dépôt situé dans la région de l’Hérault. Vers 9 h 30, plusieurs colonnes de CRS sont arrivées et ont fait face aux manifestants, qui ont lancé des invectives avant de se disperser.
« Vous êtes concernés aussi ! N’oubliez pas que vous allez à la pompe vous aussi ! On meurt de faim », a lancé un pêcheur aux agents.
Une heure avant l’intervention policière, une délégation de représentants des pêcheurs était partie pour Sète afin de rencontrer les autorités régionales d’Occitanie, qui supervisent le port de Sète.
Des revendications portées au niveau ministériel
« Le but de cette opération est de faire durer le mouvement jusqu’à ce que nous soyons reçus par la ministre de la Pêche », a déclaré Ange Natoli, représentant des pêcheurs, aux journalistes tôt mercredi. Selon les pêcheurs, une rencontre avec Catherine Chabaud est prévue jeudi en fin de matinée.
L’objectif est « de montrer que nous ne relâchons pas la pression. Et selon ce qui sera dit demain, nous déciderons comment le mouvement se poursuit », a ajouté M. Natoli.
Des images vidéo ont montré un incendie se déclarant à un carrefour menant au dépôt de carburant.
Des protestations qui s’intensifient dans la région
Le blocus de Frontignan fait suite à une action similaire mardi, lorsque des pêcheurs avaient bloqué un dépôt de carburant à Fos-sur-Mer pendant plusieurs heures avant que les policiers anti-émeute n’interviennent pour le dégager. Les manifestants avaient déployé des banderoles portant les inscriptions « L’Europe nous tue » et « L’UE coule nos bateaux et Paris regarde ».
Dans le port de Sète, les pêcheurs ont également empêché un navire de Corsica Ferries d’appareiller mardi.
M. Natoli a averti qu’en l’absence de « progrès significatifs » à l’issue de la réunion avec la ministre, « je ne pense pas que le mouvement s’arrêtera ». Il a ajouté : « Nous risquons d’intensifier le mouvement », car « nous ne pouvons pas travailler à perte ».
« La mobilisation durera jusqu’à ce que nous obtenions quelque chose sur le prix du diesel. Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions, nous ne sommes plus rentables », a déclaré Kévin, un pêcheur du Grau-du-Roi dans le Gard, à BFMTV.
Un front uni contre la hausse des coûts
Les comités régionaux des pêches d’Occitanie, de Provence-Alpes-Côte d’Azur et de Corse, ainsi que les trois organisations de producteurs méditerranéennes et les syndicats maritimes représentant salariés et employeurs, ont lancé lundi un mouvement de protestation commun le long de la côte méditerranéenne.
Les professionnels de la pêche dénoncent « une dégradation continue de leurs conditions de travail », invoquant « la hausse des coûts d’exploitation et des prix du carburant » ainsi qu’une « prolifération des contraintes administratives et réglementaires ».
La France est le deuxième producteur européen de produits de la pêche après l’Espagne, avec 477 000 tonnes de poissons et de coquillages capturés en 2024 — un volume quasiment stable, en hausse de 1 pour cent par rapport à 2023, selon les données gouvernementales.
Le gouvernement a assuré au public qu’il n’existe aucun risque de pénurie de carburant malgré les difficultés rencontrées dans les stations-service Total.
