La cour d’assises de Paris a condamné vendredi Loïk Le Priol, 32 ans, à 26 ans de prison et Romain Bouvier, 35 ans, à 19 ans de prison pour le meurtre du rugbyman argentin Federico Martín Aramburú, tué en 2022. Les deux hommes ont été reconnus coupables de meurtre et de tentative de meurtre au terme d’un procès de trois semaines. Ils ont ainsi échappé à la réclusion à perpétuité, mais ont écopé de lourdes peines pour ce que la cour a qualifié d’acte de violence gratuit, nourri par une obsession commune pour les armes.
La légitime défense rejetée
La cour a rejeté les arguments des accusés, qui affirmaient avoir agi en légitime défense lors de l’altercation survenue tôt le matin du 19 mars 2022. Elle a jugé que leur « intention homicide » ne faisait aucun doute. Si la cour n’a pas retenu la préméditation, elle a livré une évaluation sévère des actes du duo.
Le président de la cour, Franck Zientara, a décrit l’« alchimie fatale » entre les deux hommes, qui partageaient « une fascination commune pour les armes et la violence ». Selon lui, cette combinaison a conduit à la « mort gratuite » d’un père de deux enfants âgé de 42 ans.
Le parquet avait requis des peines plus lourdes
Le parquet avait demandé 27 ans de prison pour Le Priol, ancien membre des forces spéciales radié de la marine, et 20 ans pour Bouvier. Les peines prononcées par la cour sont légèrement inférieures à ces réquisitions, mais restent sévères.
La cour a souligné le « risque criminologique élevé » de Le Priol, le décrivant comme une « personnalité inquiétante » présentant des « troubles de type psychopathique se manifestant par l’impulsivité » et une « intolérance à la frustration ». Au moment du meurtre, il était décrit comme adhérant à une « idéologie mortifère et violente ».
Concernant Bouvier, la cour a relevé sa « détermination à tirer sur une victime désarmée », alors qu’il avait appuyé quatre fois sur la gâchette.
Le contexte du meurtre
Aramburú, ancien joueur de Biarritz Olympique, a été tué dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, à la suite d’une altercation alcoolisée avec les deux militants d’extrême droite dans une brasserie parisienne. La confrontation a été marquée par des propos xénophobes.
Les deux hommes avaient tiré dix coups de feu — la totalité de leur chargeur — et ont affirmé durant le procès avoir cru être en danger et avoir éprouvé une « panique totale ».
La défense a été fragilisée par des éléments montrant que les deux hommes n’auraient pas dû se trouver ensemble le jour du meurtre. Ils avaient interdiction de se fréquenter après avoir participé, en 2015, à une agression contre le président du groupe d’extrême droite GUD lors d’un règlement de comptes interne.
D’autres condamnations
L’ancienne compagne de Le Priol, âgée de 29 ans, a été condamnée à trois ans de prison, dont deux ans et demi avec sursis, pour dissimulation de preuves et modification d’une scène de crime. Un autre ancien membre du GUD, âgé de 37 ans, a écopé de trois ans de prison avec sursis pour avoir aidé Bouvier lors d’une brève fuite et pour l’avoir aidé à se débarrasser de son arme.
Les deux anciens militants étaient liés au GUD, un groupe d’extrême droite radical dissous en 2024.
Les accusés s’adressent à la famille de la victime
Dans ses derniers mots adressés à la famille d’Aramburú, Le Priol a déclaré : « Je suis chrétien comme vous. » Il a évoqué la visite du pape à Paris ce jour-là, ajoutant : « Je ne sais pas si c’est un signe, mais j’espère qu’un jour ils trouveront la force de me pardonner et que je trouverai aussi la force de me pardonner. »
Bouvier a déclaré à la cour qu’il n’aurait « jamais les mots » pour s’adresser à « la souffrance et à la dignité de la famille de M. Aramburú ».
