Une tentative ratée de policiers français pour infiltrer des groupes d’organisation de blocages étudiants sur Snapchat s’est transformée en phénomène viral, exposant à la fois des tactiques maladroites et des préjugés raciaux.
Des tentatives d’infiltration démasquées
Ces derniers jours, alors que les protestations étudiantes contre les réformes de l’éducation s’intensifiaient en France, des captures d’écran de messages de policiers sous couverture ont circulé en ligne. Les agents tentaient de se faire passer pour des jeunes afin d’accéder aux groupes Snapchat où les étudiants coordonnaient les blocages d’établissements.
Leurs efforts pour imiter le langage et les codes de la génération Z se sont retournés contre eux. Les messages ont rapidement été partagés sur les réseaux sociaux, donnant naissance à des centaines de parodies.
Des messages aux relents racistes
Au-delà de leur incompétence comique, les messages divulgués révèlent des biais raciaux inquiétants. Les policiers ont adopté des pseudonymes à consonance nord-africaine, intercalé des drapeaux algériens entre les phrases et mélangé des mots arabes avec du français, souvent de manière absurde.
L’implication sous-jacente était claire : pour ces agents infiltrés, les étudiants organisant les blocages étaient présumés être des jeunes racisés.
La naissance d’une phrase culte
Parmi les captures d’écran en circulation, un message s’est démarqué. Un utilisateur nommé « Mamadou », cherchant ostensiblement des informations sur un blocage, a écrit : « Bismillah c’est les ténèbres. »
Traduite littéralement, l’expression signifie « Au nom de Dieu, c’est les ténèbres » — une formule absurde devenue rapidement un point de référence collectif en ligne.
La phrase est apparue sur de nombreuses pancartes lors des manifestations. Le Nouveau Parti anticapitaliste a créé une affiche l’utilisant pour informer les étudiants sur leurs droits en garde à vue. Un étudiant aurait fait rire un policier en criant la phrase.
Un politicien piégé par la satire
Tout le monde n’a pas saisi l’humour. Matthieu Valet, député européen et porte-parole du Rassemblement national, a pris au sérieux une vidéo parodique du journal L’Humanité mettant en scène un policier infiltré.
Valet, lui-même ancien commissaire de police, a accusé la publication de diffuser des « fake news », manquant complètement l’intention satirique. Sa méprise a suscité de nombreuses moqueries en ligne, et il a finalement supprimé son tweet.
L’incident rappelle que la culture internet et l’ironie ne sont pas universellement accessibles — même pour ceux qui cherchent à la surveiller.
