La France se prépare à une journée de perturbations nationales ce samedi 17 octobre, alors qu’une coalition hétéroclite de Gilets jaunes, de lycéens, de retraités et de salariés s’apprête à descendre dans la rue. Les autorités redoutent que cette mobilisation ne constitue un test majeur pour l’ordre public. Lancé à la mi-septembre par un appel sur les réseaux sociaux, le mouvement s’est transformé en une convergence de revendications centrées sur la hausse du coût de la vie.
Un mouvement né en ligne, désormais prêt à défiler
L’étincelle initiale est venue d’un compte TikTok anonyme appelant à une relance des Gilets jaunes pour protester contre le prix des carburants. En quelques semaines, l’appel a pris de l’ampleur, attirant des syndicats étudiants et d’autres groupes mécontents. Vendredi soir, les responsables du ministère de l’Intérieur estimaient qu’environ 150 000 manifestants pourraient participer à l’échelle nationale, avec au moins 40 000 attendus à Paris et jusqu’à 10 000 dans d’autres grandes villes. Environ 500 actions étaient « à l’étude » et plus de 90 manifestations « en cours de structuration », selon des sources proches du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Qui sera dans la rue ?
La coalition est large et peu structurée. Les Gilets jaunes devraient être présents en force, avec des figures comme Jérôme Rodrigues appelant à l’unité. « Gilets jaunes, étudiants, salariés, retraités, nos luttes peuvent se rejoindre, et aujourd’hui nous avons une échéance : le 17 octobre », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur Facebook.
Les lycéens, mobilisés depuis près d’un mois, seront également très visibles. Trois syndicats étudiants, dont l’Union syndicale lycéenne, ont appelé à un « acte VI » de protestations. L’Union nationale des étudiants de France (Unef) a invité ses sympathisants à se rassembler place de la République. Les retraités, souvent cités dans les appels à la convergence, ont été invités à se joindre au mouvement, même si leur participation reste incertaine.
D’autres groupes sont également attendus : les chauffeurs VTC et les livreurs, convoqués place de la Bastille par leur syndicat national, et les militants climatiques, qui ont promis de participer sous la bannière « Fin du monde, fin du mois ». La Confédération paysanne, syndicat agricole, a appelé ses membres à rejoindre la « convergence des luttes », tandis que la FNSEA, plus importante, a décliné en invoquant la saison des récoltes d’octobre.
Parmi les syndicats, seule la CGT a officiellement rejoint le mouvement. Sur le plan politique, La France insoumise (LFI) et le Parti communiste (PCF) encouragent leurs sympathisants à manifester. Plusieurs députés LFI, ainsi que la dirigeante écologiste Marine Tondelier et le dirigeant communiste Fabien Roussel, sont attendus dans les cortèges.
Quelles sont leurs revendications ?
Les griefs sont aussi variés que les participants. Les lycéens continuent d’exiger davantage de moyens pour la rénovation des bâtiments, le remplacement des enseignants absents, de meilleurs emplois du temps et des procédures Parcoursup améliorées. Mais le thème dominant reste la lutte contre le coût élevé de la vie. « Ras-le-bol de payer le carburant, les courses et le loyer qui ne cessent d’augmenter », déclarent les Gilets jaunes sur leur site internet.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s’exprimant sur France Inter, a résumé la « gravité de la situation » : « Aujourd’hui, acheter des tomates, des courgettes ou faire le plein est devenu un luxe. Des millions de travailleurs sont complètement asphyxiés et ne peuvent plus joindre les deux bouts. »
Premières actions et préparatifs de sécurité
De petites actions ont déjà été signalées samedi matin. À Rennes, une vingtaine de personnes ont installé un barrage filtrant avec des poubelles et des palettes près d’un centre commercial. À Lyon, la police a dispersé un groupe de 40 personnes près d’un pont sur le Rhône après une tentative de blocage de la circulation, ainsi qu’un autre groupe de dix près de la raffinerie de Feyzin. À Marseille, le boulevard du Prado a été brièvement bloqué avec des poubelles et des scooters avant que les CRS ne le dégagent.
Plusieurs opérations annoncées ne se sont pas concrétisées, notamment au péage du pont de l’Île de Ré et à Bordeaux. Les Gilets jaunes ont publié une carte recensant 1 757 points de mobilisation, incluant ronds-points, stations-service, péages, gares, ponts et ports. Le ministre de l’Intérieur a demandé aux préfets de maintenir ouverts les infrastructures clés.
À Paris, après des heures de négociation, la préfecture de police a autorisé un parcours de la place de la République à la place de la Nation pour un cortège. Une seconde marche majeure, incluant les Gilets jaunes et l’intersyndicale, partira de la place de la République vers la place de Clichy à partir de 14 heures. Tous les autres rassemblements sont théoriquement interdits, les contrevenants encourant une amende de 135 euros. Les autorités n’ont pas divulgué le dispositif de sécurité complet, mais franceinfo rapporte que deux fois plus d’officiers CRS seront mobilisés par rapport à mardi. Les controversées « grenades sonores » ont été autorisées en cas de violences urbaines, bien que leur usage ait été suspendu pendant le mouvement étudiant. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule de crise interministérielle.
Au fil de la journée, tous les regards seront tournés vers la capacité de cette coalition diverse à maintenir son unité — et à garantir que les protestations restent pacifiques.
