Arrêt des antidépresseurs : une étude majeure préconise un sevrage progressif avec thérapie

Arrêt des antidépresseurs : une étude majeure préconise un sevrage progressif avec thérapie

La dépression est l’une des maladies les plus répandues en France, une personne sur cinq connaissant un épisode dépressif au cours de sa vie, selon la Haute Autorité de Santé. Pour ceux qui vont mieux après un traitement, une question cruciale se pose : comment arrêter son traitement antidépresseur en toute sécurité ? Une nouvelle étude majeure apporte des réponses essentielles.

**Naviguer la fin du traitement**
Si les médecins ont des décennies d’expérience dans la prescription d’antidépresseurs, le processus pour les arrêter est resté incertain. Faut-il poursuivre le traitement indéfiniment ? L’arrêter brutalement ou progressivement ? Ces questions représentent un défi médical important pour les patients en rémission.

Une revue complète, publiée dans *The Lancet Psychiatry* le 11 décembre 2025, a analysé 76 essais cliniques impliquant 17 379 participants pour comparer ces options. Dirigée par les chercheurs Giovanni Ostuzzi et Debora Zaccoletti, l’étude offre des réponses factuelles qui concernent des milliers de personnes.

**La combinaison gagnante : sevrage progressif et soutien psychologique**
Le résultat principal est clair : un patient dont l’antidépresseur est réduit progressivement n’a pas un risque de rechute plus élevé qu’un patient qui continue le traitement, à condition de bénéficier d’un soutien psychologique concomitant. Cette approche est aussi efficace que le maintien du médicament pour prévenir les rechutes et est supérieure à un arrêt soudain ou rapide.

« Dans la dépression en rémission, une réduction progressive des antidépresseurs associée à un soutien psychologique est aussi efficace que la poursuite du traitement pour prévenir les rechutes et supérieure à un arrêt soudain ou rapide », indique l’étude.

La pire option, soulignent les chercheurs, reste l’arrêt brutal du médicament. L’étude note également que pour l’anxiété en rémission, malgré des résultats similaires, un manque de données robustes invite à la prudence et empêche une généralisation large.

**Le concept émergent de la « désprescription »**
Cette recherche renforce le concept croissant de « désprescription » – un processus clinique délibéré de réduction ou d’arrêt des médicaments. Cependant, la connaissance de cette pratique reste inégale.

« Tout au long de mon internat, que j’ai terminé très récemment, ce sujet n’a jamais été abordé dans l’enseignement », a déclaré à l’AFP la psychiatre française Maeva Musso, présidente de l’Association des Jeunes Psychiatres et Jeunes Addictologues.

Christine Villelongue, co-présidente de l’association France Dépression, a souligné un déficit systémique. « Dès que vous changez ou réduisez un antidépresseur, c’est une source d’angoisse pour la personne concernée, et il n’y a pas de cadre : très souvent, quand on arrête, il n’y a pas de suivi », a-t-elle expliqué.

**Un fossé entre les preuves et la pratique**
Les recommandations de l’étude préconisent une désprescription individualisée avec un soutien structuré. Pourtant, les experts pointent une réalité contrastée dans le paysage de santé français.

Christine Villelongue a noté que d’autres pays, comme la Norvège et les Pays-Bas, sont plus avancés, proposant des consultations dédiées à la désprescription ou autorisant des micro-doses pour une réduction très progressive. En France, elle insiste, une « pénurie » de soignants rend ce soutien psychologique irréaliste pour de nombreux patients.

« Les conclusions du *Lancet Psychiatry* sont dans un monde idéal, mais la réalité sur le terrain n’est pas celle-là », a-t-elle estimé.

**Le contexte plus large de la santé mentale en France**
La santé mentale a été déclarée grande cause nationale. Les données récentes de Santé Publique France indiquent que 16% des adultes ont vécu un épisode dépressif majeur en 2024, et une personne sur vingt a eu des pensées suicidaires. Des inégalités importantes persistent, avec des taux plus élevés chez les femmes, les jeunes et les personnes en difficulté financière.

Debora Zaccoletti, autrice de l’étude, a conclu : « Même si les antidépresseurs sont efficaces pour prévenir les rechutes dépressives, rien ne nous oblige à en faire un traitement à long terme pour tout le monde. »

La recherche souligne que le chemin vers l’arrêt du médicament n’est pas seulement pharmacologique. Comme l’a noté le psychiatre allemand Jonathan Henssler dans un commentaire accompagnant l’étude, les résultats mettent en lumière « le bénéfice supplémentaire apporté par la psychothérapie » – une composante qui reste hors de portée pour trop de personnes dans le système actuel.