Un message public adressé au Président Emmanuel Macron sur Instagram a cristallisé un débat politique et juridique intense en France. « Pouvez-vous s’il vous plaît enlever la guerre ? Parce que vous avez trop ouvert la bouche, je trouve. Et en fait, je n’ai pas fini de vivre », a écrit une utilisatrice nommée Fatima. La décision de l’Élysée de publier la réponse de Macron — « La France ne fait pas partie de cette guerre. Nous ne sommes pas en combat et nous n’entrerons pas dans cette guerre » — souligne la volonté de désamorcer une question politiquement explosive : la France, via son soutien militaire à ses alliés du Golfe, devient-elle une co-belligérante contre l’Iran ?
**Des déploiements militaires sous surveillance**
La controverse fait suite à une série d’annonces. Le 3 mars, Emmanuel Macron a détaillé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée, accompagné de chasseurs Rafale, de systèmes de défense aérienne et de la frégate Languedoc. Au 5 mars, une autorisation était accordée pour que des aéronefs américains utilisent la base aérienne française d’Istres. Quelques heures plus tard, répondant à une demande libanaise dans un contexte de frappes israéliennes, la France a promis « des véhicules blindés de transport ainsi qu’un soutien opérationnel et logistique » au Liban.
Si le soutien au Liban ne fait pas débat, d’autres mouvements sont critiqués. Jean-Luc Mélenchon de La France Insoumise (LFI) a qualifié l’accès américain à Istres « d’inacceptable car il associe la France à l’agression contre l’Iran ». Il a averti : « nous pourrions être considérés comme co-belligérants ». Clémence Guetté (LFI) a relayé cette inquiétude sur RTL, interrogeant l’objectif du déploiement du Charles de Gaulle et de la présence américaine, et exigeant un débat parlementaire.
**Le fil du rasoir juridique de la « co-belligérance »**
Le terme « co-belligérance » n’est pas formellement défini dans le droit international humanitaire, mais des précédents juridiques en esquissent les critères. Selon les experts, fournir un financement, du matériel, des renseignements ou un entraînement aux forces d’une partie ne constitue pas, en soi, de la co-belligérance.
Cependant, un État peut être jugé impliqué via un engagement militaire direct ou indirect, comme planifier les opérations d’un autre État, ou en « mettant ses propres bases militaires à disposition pour permettre à des troupes étrangères de pénétrer sur le territoire de l’État en conflit ». Ce dernier point fait directement écho à la situation de la base d’Istres.
Anticipant ce risque, le haut commandement militaire français a obtenu des « garanties complètes » des États-Unis que les aéronefs à Istres n’auraient qu’un rôle de « soutien », spécifiquement pour le ravitaillement en vol, sans « participation quelle qu’elle soit aux opérations américaines en Iran ». Cette manœuvre préventive est vue comme une sauvegarde juridique pour éviter des accusations et des représailles potentielles de l’Iran.
**Le gouvernement maintient une posture strictement défensive**
Le gouvernement défend avec force des actions présentées comme purement défensives. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a précisé que les Rafale déployés sont destinés à « intercepter des drones ». Elle a présenté la fourniture de systèmes de défense aérienne au Qatar, au Koweït et aux Émirats arabes unis comme l’honneur d’accords de défense mutuelle préexistants. « Quand on dit qu’on a un accord de défense, qu’on nous demande de l’activer, on l’active. C’est ça la fiabilité de la parole française », a-t-elle argumenté.
La réponse finale d’Emmanuel Macron aux inquiétudes publiques a cherché à tracer une ligne claire : « La France ne fait pas la guerre dans cette région. Elle protège les Français, ses alliés, et elle se tient aux côtés du Liban et de sa souveraineté et intégrité territoriale. Ni plus, ni moins. » L’exécutif vise à éviter un bourbier politique intérieur tout en cherchant à maintenir un rôle diplomatique dans la désescalade régionale.
