Le président du géant mondial des ports DP World a démissionné sous la pression croissante liée à ses communications approfondies avec le délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein. Le départ de Sultan Ahmed bin Sulayem marque une chute dramatique pour une figure clé du commerce mondial, mise à nu par une traînée d’emails s’étalant sur près d’une décennie.
**Une amitié forgée par courriel**
Des documents judiciaires nouvellement publiés ont révélé que le magnat des affaires émirati avait échangé des centaines d’emails avec Epstein entre 2007 et 2017. Cette correspondance, analysée par BBC Arabic, dépeint une amitié profonde et de confiance. Les deux hommes partageaient régulièrement leurs plans de voyage, idées d’affaires, contacts, nouvelles et blagues.
Dans un email de juin 2013, Epstein décrivait Bin Sulayem comme « l’un de mes amis les plus fiables ». Ils discutaient de projets allant de concepts commerciaux globaux au lancement d’une cryptomonnaie islamique à Dubaï. Bin Sulayem sollicitait également les conseils d’Epstein sur des questions de santé personnelle pour lui et sa famille.
Cette communication a persisté même après la première condamnation d’Epstein en 2008 pour avoir sollicité une mineure à des fins de prostitution.
**Des emails sur les femmes et une « fille masseuse »**
Les emails montrent que les deux hommes parlaient fréquemment des femmes et des filles autour d’eux, bien que le contexte ne soit pas toujours clair. Dans un échange de 2013, ils comparaient la beauté de deux femmes, jugeant une Maldivienne moins attirante qu’une Ukrainienne.
Une chaîne d’emails de 2017 plus révélatrice indique que Bin Sulayem a arrangé pour que la « masseuse privée » d’Epstein reçoive une formation pour « tous types de traitements » dans un hôtel en Turquie. Un contact de l’hôtel a confirmé avoir été sollicité pour fournir un « programme de formation complet et exhaustif » à la femme, qui détenait un passeport russe.
Dans d’autres emails, Bin Sulayem a commenté qu’il trouvait les femmes russes les plus belles, mentionné avoir des petites amies irlandaise et ouzbèke, et partagé des blagues sexuellement explicites et racistes avec Epstein.
**Lobbying et connexions puissantes**
Les emails suggèrent que Bin Sulayem utilisait Epstein comme un canal informel vers le pouvoir britannique. Epstein a contacté le haut responsable politique britannique Lord Mandelson pour tenter d’aider l’entreprise de Bin Sulayem à obtenir le contrat pour gérer le port de London Gateway.
Les documents montrent que Lord Mandelson est resté en contact avec Epstein jusqu’au moins fin 2016. La piste email révèle qu’une rencontre a été organisée entre Bin Sulayem et Lord Mandelson pour persuader le gouvernement britannique de soutenir l’accord avec DP World, Epstein aidant à rédiger des lettres et partageant des adresses email privées.
Epstein a également présenté Bin Sulayem par email à des personnalités internationales comme l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et l’ancien conseiller de Trump Steve Bannon, et a proposé des présentations aux présidents de plusieurs nations africaines.
**Les répercussions et la démission**
La divulgation de ces liens a déclenché des répercussions immédiates. Deux législateurs américains avaient précédemment identifié Bin Sulayem comme l’un des six « individus puissants » liés à Epstein. L’impact commercial a été rapide.
Les agences de financement du développement britannique et canadienne ont annulé de nouveaux investissements dans DP World.
Le Earthshot Prize du Prince William, qui reçoit des fonds de DP World, a signalé l’affaire à la UK Charity Commission.
Face à un examen intense, DP World a annoncé la démission de Bin Sulayem, la déclarant « effective immédiatement ». Son image a été effacée du site web de l’entreprise, refermant un chapitre pour l’un des opérateurs portuaires les plus influents au monde, renversé par une piste numérique menant à un criminel notoire.
