Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est arrivé à Genève pour diriger un nouveau round de négociations indirectes avec les États-Unis concernant le programme nucléaire de l’Iran. Les pourparlers, qui doivent commencer mardi, font suite à une réunion préliminaire à Oman plus tôt ce mois-ci, elle-même survenue dans un contexte de menaces militaires américaines accrues.
La télévision d’État a annoncé l’arrivée de la délégation, précisant que le ministre était à Genève « avec de réelles idées pour parvenir à un accord juste et équitable ». Araghchi a souligné sur les réseaux sociaux que « la soumission aux menaces » n’était pas à l’ordre du jour. Son programme comprend une réunion technique avec le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, et des entretiens avec son homologue omanais.
L’agenda des discussions reste un point de discorde. L’Iran insiste pour que celui-ci soit strictement limité aux questions nucléaires. Washington, s’alignant sur Israël, exige des concessions plus larges, notamment des limites sur le programme de missiles balistiques de l’Iran et la fin de son soutien aux groupes armés régionaux. La Maison Blanche a confirmé la présence de sa délégation, incluant l’envoyé spécial Steve Witkoff et le conseiller senior Jared Kushner.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a énoncé des préconditions strictes à tout accord, déclarant : « La première condition est que tout le matériel enrichi doit quitter l’Iran… La seconde est qu’il ne doit y avoir aucune capacité d’enrichissement », ce qui inclut le démantèlement des infrastructures.
Ces pourparlers suivent une période d’intense escalade. Les négociations précédentes avaient échoué en juin après une guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël, déclenchée par des frappes israéliennes sur des sites nucléaires et militaires iraniens, suivies de bombardements américains. Le contexte intérieur en Iran est également tendu, suite à une répression meurtrière de manifestations en janvier et à des slogans anti-gouvernementaux récemment entendus à Téhéran.
Le président américain Donald Trump a menacé à plusieurs reprises des conséquences « traumatisantes » et a ouvertement évoqué un changement de régime, tout en déployant d’importants moyens militaires dans la région du Golfe, y compris un deuxième porte-avions.
Malgré la rhétorique ferme, un compromis potentiel a été évoqué par des responsables iraniens. Un vice-ministre des Affaires étrangères a suggéré que l’Iran était prêt à traiter la question de son stock d’uranium hautement enrichi si les États-Unis levaient les sanctions économiques paralysantes. Avant les frappes de 2025, l’Iran enrichissait de l’uranium à 60% – bien au-delà de la limite de 3,67% de l’accord nucléaire de 2015 devenu caduc – se rapprochant ainsi du niveau de 90% requis pour une arme nucléaire.
Les nations occidentales et Israël, la seule puissance nucléaire présumée de la région, soupçonnent l’Iran de chercher à se doter de l’arme atomique, une accusation que Téhéran rejette tout en affirmant son droit à un programme nucléaire civil. L’issue des discussions à Genève constituera un test crucial pour la diplomatie dans un climat où les options militaires sont activement préparées.
