Un consensus puissant s’est dégagé jeudi au Sommet Mondial sur l’Intelligence Artificielle à New Delhi. Le Premier ministre indien Narendra Modi, le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres et le PDG d’OpenAI Sam Altman ont uni leurs voix pour appeler à un accès universel à la technologie de l’IA et à la mise en place urgente de cadres réglementaires.
Une technologie « universelle » nécessitant des garde-fous
Sam Altman, dont l’entreprise a créé ChatGPT, a déclaré que le monde avait un besoin « urgent » de « régulation ou de protections » pour une technologie d’une telle puissance. Son avertissement a été lancé depuis la scène du sommet, où se sont réunis des dirigeants politiques mondiaux et des élites technologiques pour discuter du développement fulgurant de l’IA.
Faisant écho au thème de l’inclusivité, le chef de l’ONU Antonio Guterres a déclaré : « L’IA doit appartenir à tout le monde », affirmant que son avenir ne peut être laissé « au bon vouloir de quelques milliardaires ». Le Premier ministre Modi a plaidé de même pour une technologie « accessible et inclusive ».
Le président français Emmanuel Macron, participant à distance, a positionné l’Europe comme un « espace sûr » qui est « déterminé à continuer de définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, comme l’Inde ».
Bill Gates se retire dans un contexte de controverse
Le sommet n’a pas été exempt de controverse. Le cofondateur de Microsoft, Bill Gates, initialement prévu pour prononcer un discours inaugural, s’est retiré après que son nom ait été cité en lien avec le délinquant sexuel décédé Jeffrey Epstein. La Fondation Bill & Melinda Gates a indiqué que la décision avait été prise « après mûre réflexion » pour maintenir l’attention sur les priorités clés du sommet. Gates a nié tout acte répréhensible.
Parmi les autres participants notables figurait le PDG de Google DeepMind, Demis Hassabis.
Craintes de suppression d’emplois et ambitions de l’Inde en matière d’IA
Le sommet a également abordé les préoccupations profondes concernant l’impact sociétal de l’IA, notamment sur l’emploi. « Nous créons des systèmes capables d’imiter les humains. Et donc, bien sûr, l’application naturelle de ce type de système est de remplacer les humains », a noté l’éminent informaticien Stuart Russell dans une interview avec l’AFP. C’est une question cruciale pour l’Inde, où des millions de personnes travaillent dans des centres d’appels et des rôles de support technique.
En accueillant son premier grand sommet sur l’IA en tant que nation en développement, l’Inde se positionne agressivement comme un futur pôle. Le ministre des Technologies de l’Information Ashwini Vaishnaw a annoncé que l’Inde vise à attirer 200 milliards de dollars d’investissements technologiques sur deux ans, y compris pour des projets d’IA. Cela fait suite aux 90 milliards de dollars promis l’année dernière par des entreprises comme Google et Microsoft pour des centres de données.
Un déluge d’investissements pour l’infrastructure indienne d’IA
Le sommet a servi de plateforme à d’importantes annonces d’investissement :
OpenAI et le géant indien Tata Consultancy Services (TCS) construiront un centre de données en Inde.
Reliance Industries s’est engagé à investir 110 milliards de dollars sur sept ans dans l’IA et l’informatique avancée.
Nvidia, le premier fabricant mondial de puces d’IA, s’est associé à la firme indienne L&T pour créer ce qu’il appelle « la plus grande usine d’IA de l’Inde ».
Google a annoncé son intention de construire de nouveaux câbles sous-marins depuis l’Inde.
L’Inde se classe désormais au troisième rang mondial pour la compétitivité en matière d’IA, selon un index de l’Université de Stanford, dépassant la Corée du Sud et le Japon. Cependant, les experts mettent en garde : le pays a encore du chemin à parcourir pour rivaliser avec les États-Unis et la Chine dans le domaine de l’IA.
