Dans une cérémonie rompant avec des décennies de tradition, Tarique Rahman a été investi Premier ministre du Bangladesh ce mardi. Cet événement consacre le retour en force du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) au pouvoir après une absence de près de vingt ans.
**Un Mandat Écrasant et un Lieu Symbolique**
La prestation de serment s’est déroulée en plein air, sur la South Plaza du Jatiya Sangsad Bhaban, le bâtiment du Parlement national, et non au palais présidentiel. Le président Mohammed Shahabuddin a administré le serment à Rahman et à son nouveau gouvernement devant un parterre de diplomates, d’officiers militaires et de représentants étrangers.
Ce changement de lieu souligne la nature transformative d’une élection qui a vu la BNP remporter une majorité des deux tiers au Parlement. Cette victoire marque un rejet clair de l’establishment politique au pouvoir depuis le renversement du gouvernement de Sheikh Hasina par un soulèvement mené par la Génération Z en 2024.
**Prendre les Rênes d’une Nation à la Croisée des Chemins**
Rahman, 60 ans, prend la tête d’une nation confrontée à des défis profonds. Fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia et de l’ancien président Ziaur Rahman, il revient de 17 ans d’exil volontaire pour diriger un pays ayant besoin de relance économique et de réconciliation politique.
Ses tâches immédiates incluent :
* Rétablir la stabilité politique et la confiance des investisseurs.
* Relancer les industries exportatrices clés, notamment le secteur du prêt-à-porter.
* Gérer un Parlement où le Jamaat-e-Islami, anciennement interdit et désormais allié, formera l’opposition avec un nombre record de 68 sièges.
La Ligue Awami, le parti de l’ancienne dirigeante Sheikh Hasina, a été interdite de participation à ce scrutin.
**Un Appel au Calme et un Passé Tourmenté**
Dans ses premières déclarations publiques après l’élection, le Premier ministre Rahman a adopté un ton conciliant, exhortant ses partisans à éviter toute représaille. « La paix, la loi et l’ordre doivent être maintenus à tout prix, a-t-il déclaré. Nous ne tolérerons aucun chaos. »
Son ascension politique couronne un parcours long et controversé. Ses détracteurs ont souvent pointé des allégations de corruption, qu’il rejette, comme une tache sur son bilan. Pourtant, son retour au Bangladesh l’année dernière, peu avant la mort de sa mère, a galvanisé la base de la BNP et redessiné le paysage électoral.
Le pays a été gouverné par une administration intérimaire dirigée par le prix Nobel Muhammad Yunus dans la période troublée précédant le vote. Désormais, avec le transfert formel du pouvoir achevé, le monde observe pour voir si Rahman pourra unir une nation divisée et tenir la promesse de changement qui l’a porté au pouvoir.
