Le ton diplomatique de l’Iran a radicalement changé ce week-end, passant de l’optimisme à une position durcie concernant son programme nucléaire. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, à la suite de discussions avec des responsables américains à Oman, a réaffirmé les lignes rouges de Téhéran et a ouvertement douté de l’engagement de Washington dans des négociations sincères.
**Aucune concession sur l’enrichissement, même sous la menace de la guerre**
S’exprimant lors d’un forum à Téhéran dimanche, Araghtchi a délivré un message de défi. Il a déclaré que l’Iran ne céderait pas aux demandes répétées des États-Unis d’abandonner l’enrichissement d’uranium, un élément central de son programme nucléaire. « Même si une guerre nous est imposée », a-t-il déclaré, soulignant le prix élevé que l’Iran a payé pour ce qu’il appelle un programme nucléaire pacifique.
« Pourquoi insistons-nous autant sur l’enrichissement [d’uranium] et refusons-nous d’y renoncer même si la guerre nous est imposée ? Parce que personne n’a le droit de dicter notre conduite », a insisté le diplomate.
**D’une atmosphère « positive » à la remise en cause des intentions américaines**
Ces remarques marquent un revirement rapide. Samedi, Araghtchi avait décrit l’atmosphère à Mascate comme « très positive » et était convenu avec Washington de tenir une nouvelle session de pourparlers « bientôt ». Dimanche, il remettait en cause la « sincérité » des États-Unis à « mener de véritables négociations ».
L’Iran « évaluera tous les signaux et décidera de la poursuite des négociations », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à laquelle assistait l’AFP.
**Des mesures de confiance liées à la levée des sanctions**
Araghtchi a toutefois évoqué une voie potentielle, bien que de manière vague. Il a déclaré que l’Iran pourrait envisager « une série de mesures de confiance concernant le programme nucléaire » en échange de la levée des sanctions internationales qui étranglent son économie. Cette offre conditionnelle souligne le compromis central au cœur des négociations au point mort.
**Posture militaire et signaux diplomatiques**
Le ministre des Affaires étrangères a également balayé la pression militaire américaine. « Le déploiement militaire américain ne nous fait pas peur », a-t-il affirmé, un jour après la visite de l’envoyé américain Steve Witkoff sur l’USS Abraham Lincoln dans le Golfe. Ces dernières semaines, le président Donald Trump a menacé à plusieurs reprises d’une intervention militaire contre l’Iran.
Trump lui-même a qualifié les discussions de vendredi — les premières depuis les frappes aériennes américaines sur des sites nucléaires iraniens en juin — de « très bonnes » et a déclaré qu’elles se poursuivraient « au début de la semaine prochaine ». Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré dimanche que les pourparlers, tenus avec le soutien de gouvernements régionaux amis, « constituent un pas en avant ».
Les déclarations contradictoires mettent en lumière l’état fragile et incertain de la diplomatie, où une méfiance profonde et des désaccords fondamentaux sur l’enrichissement d’uranium continuent de bloquer toute percée.
