Les autorités de la ville de Liège, dans l’est de la Belgique, ont interdit les rassemblements publics de plus de trois personnes. Cette décision fait suite à un cinquième jour consécutif de manifestations violentes liées à la colère des étudiants contre les coupes dans le budget de l’enseignement.
L’ordonnance d’urgence, annoncée par le gouvernement municipal, est entrée en vigueur jeudi à 6 heures, heure locale, et reste applicable pour une durée indéterminée.
Des incidents qualifiés de « très graves »
La mesure a été prise après ce que la police a décrit comme de « nouveaux incidents graves » survenus mercredi soir dans le centre-ville. Ces incidents comprenaient des incendies criminels visant des abribus et des poubelles, ainsi que des vitrines de magasins brisées.
Le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, a condamné ces troubles, les qualifiant d’« extrêmement graves », et a averti que les auteurs identifiés seraient poursuivis.
L’origine du mouvement
Les protestations ont débuté la semaine dernière à Liège et se sont depuis étendues à d’autres villes de Belgique francophone, notamment Mons et Charleroi. Au cœur du mécontentement figure une mesure introduite à la rentrée scolaire qui oblige les enseignants des trois dernières années de l’enseignement secondaire à consacrer 22 heures par semaine à l’enseignement devant les élèves, contre 20 heures auparavant.
Les enseignants estiment que ce changement les aligne sur les horaires des professeurs du secondaire inférieur, mais sans compensation salariale et dans des classes plus grandes où la charge de travail est nettement plus lourde. D’autres revendications se sont depuis greffées au mouvement, notamment l’opposition à la hausse prévue des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur — qui passeraient de 835 à 1 194 euros pour près de 60 pour cent des étudiants — et à une forte augmentation des abonnements de transport public pour les 18-24 ans.
Violences et arrestations
Mercredi après-midi, la police a signalé plusieurs centaines de fauteurs de troubles opérant en petits groupes, lançant des pavés et des pétards sur les agents malgré le déploiement de canons à eau et de gaz lacrymogènes. La principale gare de Liège a été brièvement fermée en fin d’après-midi alors qu’une foule s’en approchait, et les commerçants ont reçu des messages d’alerte les invitant à baisser leurs rideaux.
Environ 50 arrestations ont été effectuées à Liège mercredi pour trouble à l’ordre public, portant le total des interpellations dans la ville à plus de 150 depuis le 1er octobre. Selon une source policière, la majorité des personnes détenues sont des mineurs répondant à des appels à manifester circulant sur des plateformes de messagerie. « Nous voyons les pires conséquences des réseaux sociaux », a déclaré cette source.
Réactions politiques
Le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, socialiste, a défendu l’interdiction des rassemblements comme nécessaire à la sécurité publique. « La sécurité de tous les usagers de la ville est en jeu », a-t-il déclaré. Toutefois, son annonce sur Instagram a suscité des commentaires critiques d’utilisateurs accusant la ville de porter atteinte au droit de manifester.
Le ministre de l’Intérieur Quintin, libéral francophone, a adopté une ligne dure face aux violences. « Les auteurs identifiés devront répondre de leurs actes devant les tribunaux. Casseurs ? Payeurs ! Point final », a-t-il écrit sur la plateforme sociale X.
Le mouvement a également attiré l’attention au-delà des frontières belges, avec des manifestations étudiantes en France et dans ses territoires d’outre-mer qui alimentent la dynamique. En Belgique, les troubles ne montrent aucun signe d’apaisement alors que les étudiants et les enseignants continuent d’exiger l’annulation des coupes budgétaires et des réformes de l’enseignement qui, selon eux, pèsent injustement sur les éducateurs comme sur les apprenants.
