Les blocages se poursuivaient dans les lycées à travers la France, alors que les mobilisations étudiantes entraient dans une nouvelle phase. Elles mettent à l’épreuve la stratégie gouvernementale fondée sur le dialogue et la consultation, face à des revendications concrètes restées sans réponse.
Le gouvernement mise sur le dialogue
Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a réaffirmé son attachement à la concertation. « Je crois profondément que lorsqu’on a une discussion constructive, où l’on donne la parole aux lycéens, on est capable d’apporter des réponses », a-t-il déclaré jeudi matin après un échange avec des élèves à Reims.
Cette approche a sous-tendu le lancement d’une « plateforme de consultation » gouvernementale, qui aurait recueilli 30 000 contributions en 24 heures, selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, le 7 octobre. Une « période de démocratie interne » a également été proposée pour la fin de la semaine dans les établissements. Une nouvelle réunion entre les représentants étudiants et les ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur était prévue jeudi après-midi.
Cette insistance sur le dialogue ne satisfait toutefois pas les élèves, qui réclament des mesures concrètes sur les infrastructures scolaires, l’organisation de leur temps de travail, le manque d’enseignants et le système d’admission universitaire Parcoursup. Une enquête Cevipof de juin 2025 a confirmé un intérêt croissant du public pour la démocratie participative, mais son bilan pratique s’avère décourageant.
Un bilan contrasté pour la démocratie participative
Donner la parole au mécontentement a en partie permis à Emmanuel Macron de désamorcer la première grande crise de son mandat. Lors de l’éruption du mouvement des Gilets jaunes en décembre 2018, le « grand débat national » et les « cahiers de doléances » mis à disposition des citoyens ont contribué à apaiser la colère sociale. Plus de 450 000 pages ont été remplies. Peu d’élus s’en sont toutefois inspirés, malgré les plaintes pendant des années des chercheurs et des représentants locaux sur l’absence de suivi.
Le président a ensuite mis en place la Convention citoyenne pour le climat, qui a produit en juin 2020 près d’autant de propositions que ses 150 participants tirés au sort. Le projet de loi Climat et Résilience qui en a découlé a cependant laissé un goût amer aux membres de la convention, qui ont jugé leurs recommandations insuffisamment prises en compte.
Fin 2022, Emmanuel Macron a lancé une convention citoyenne sur la fin de vie. Les participants se sont finalement prononcés en faveur d’une législation autorisant le suicide assisté. Après de nombreux obstacles, le texte a finalement été voté et promulgué en août 2026.
Certaines initiatives ont produit des changements concrets ; d’autres ont pesé peu dans les décisions politiques. Le précédent le plus dommageable pour le gouvernement dans le contexte de la mobilisation actuelle des lycées est la Convention citoyenne sur le temps de l’enfant, organisée tout au long de 2025.
La Convention sur le temps de l’enfant, un avertissement ignoré
Cette consultation visait spécifiquement à « faire en sorte que l’organisation des journées de nos élèves soit plus favorable à leur développement et à leurs apprentissages, et qu’un équilibre soit trouvé pour faciliter la vie de famille », selon les mots du président lui-même. Le rapport, remis en novembre 2025, recommandait de repousser le début des cours au collège et au lycée à 9 heures, une pause déjeuner d’au moins 1 h 30, une semaine scolaire de cinq jours avec des journées allégées, et un plan d’infrastructures sur 20 à 30 ans. Il n’a donné lieu à aucun engagement politique.
Selon les participants, une réunion a eu lieu plus tôt cette année avec le ministre de l’Éducation, qui a renvoyé tout débat sur les rythmes scolaires à l’élection présidentielle de 2027. Une réunion fin septembre au ministère de la Culture n’a débouché sur aucun suivi.
« Ce qui était un signal d’alarme il y a un an s’exprime aujourd’hui directement par une partie de la jeunesse — alors écoutons-la », a plaidé l’association de la Convention citoyenne sur Instagram. « C’est grand dommage que nous n’ayons pas été entendus ; cela aurait pu montrer à ces jeunes qu’ils étaient écoutés », a déclaré Marie-Josée Balducchi, membre du Cese représentant l’Union nationale des associations familiales et membre du comité de gouvernance de la convention.
Le temps et l’argent manquent
Écouter les revendications des lycéens est précisément la consigne qu’Emmanuel Macron a donnée à son gouvernement. Mais aller plus loin sur des sujets comme les infrastructures scolaires et le temps scolaire — qui exigent de profondes réformes — prend du temps et de l’argent, deux ressources cruellement rares pour l’exécutif à l’approche de la fin du mandat présidentiel.
Mercredi soir, Sébastien Lecornu s’est engagé à « traduire » les contributions des lycéens dans le projet de budget 2027. Jeudi, Édouard Geffray a promis un « plan d’urgence » dans « quelques heures ou quelques jours » concernant le non-remplacement des enseignants absents.
Au lycée Saint-Exupéry de Créteil — le premier à s’être mobilisé à la mi-septembre — les cours ont repris lundi 5 octobre. Le résultat découle du dialogue entre élèves, enseignants et rectorat, mais surtout des actions concrètes menées ensuite, dont plusieurs recrutements immédiats.
