Joëlle Dambo, artisane crêpière dans le village de Gomené, dans les Côtes-d’Armor en Bretagne, a annoncé jeudi avoir déposé deux nouvelles plaintes après plus d’un an d’insultes racistes et de harcèlement en ligne, selon son avocat.
Lors d’une conférence de presse à Paris, Me Vincent Brenghart a indiqué que les plaintes, déposées le 13 octobre, visent « le harcèlement public en ligne, l’incitation à la haine et les insultes fondées sur l’origine ethnique ». Il a décrit ce que sa cliente endure comme « un continuum d’insultes » et « un torrent de haine ».
Le maire accusé de dénonciation mensongère
La seconde plainte, pour « dénonciation calomnieuse », nomme Mickaël Leveau, le maire de la petite commune bretonne. Mme Dambo reproche à la mairie et aux élus locaux d’avoir « détourné le regard et gardé le silence » face à un harcèlement qui dure depuis des mois.
Me Brenghart a critiqué ce qu’il a qualifié de « forme d’inertie de la part des institutions ». Une première plainte déposée le 9 juillet a conduit à l’ouverture d’une enquête, mais la défense n’a reçu « absolument aucune information » à ce sujet depuis, a-t-il affirmé. Une telle inaction, selon l’avocat, permet à « un état d’impunité » de s’installer face au racisme.
Les abus se sont intensifiés après une victoire télévisée
Mme Dambo, qui tient sa crêperie depuis plusieurs années et dont l’établissement a reçu la « Galette d’Or 2025 », est la cible d’insultes raciales depuis mai 2025. Les abus se sont intensifiés après sa victoire à un concours de crêpes diffusé sur France 3 en juin.
« Depuis des mois, mon quotidien n’est plus celui d’une artisane, mais celui d’une femme ciblée à cause de la couleur de sa peau », a-t-elle déclaré jeudi, se décrivant comme « pleinement française » et refusant de laisser « la haine décréter qui a le droit d’être breton ».
La plaignante affirme également subir du racisme à l’intérieur de son restaurant, notamment des « cris de singe ». Son avocat a suggéré que certains commentaires, en ligne comme dans la crêperie, « visent le monopole de l’homme blanc sur le métier de la galette », comme s’il fallait « la bonne couleur de peau » pour les confectionner.
Un conflit persistant avec le maire local
Le différend oppose aussi la crêpière au maire de la commune d’un peu plus de 500 habitants depuis des mois. En juillet, M. Leveau avait lui-même déposé plainte contre Mme Dambo, qui l’avait accusé sur les réseaux sociaux de ne pas la soutenir. Cette plainte a ensuite été rejetée.
M. Leveau a affirmé avoir « envoyé un message de soutien » à la restauratrice tout en condamnant « toutes les remarques qui peuvent être faites contre la différence ».
