Des milliers de citoyens portugais sont retournés dans les rues mardi soir à Lisbonne et Porto, relançant une vague de manifestations contre la crise du logement qui s’aggrave dans le pays. Ces mobilisations ont suivi le démantèlement, au petit matin, des campements d’activistes par la police, une opération qui a donné lieu à 55 arrestations et deux blessés légers dans la capitale, selon la télévision publique portugaise.
L’agitation au Portugal fait écho à un mouvement croissant dans toute la péninsule Ibérique, où la flambée des prix de l’immobilier et des loyers alimente la colère du public et suscite des comparaisons avec les protestations contre le coût de la vie en Espagne et en France voisines.
La police évacue les campements, les manifestants promettent de revenir
À l’aube mardi, les forces de l’ordre ont délogé deux campements installés à Lisbonne et Porto. Dans la capitale, les occupants ont tenté de résister en formant une chaîne humaine avant que des affrontements n’éclatent avec les forces de l’ordre. Les autorités ont défendu l’opération, affirmant que le recours à la force était « justifié par les circonstances concrètes de l’intervention » et qu’il était resté « limité au minimum nécessaire ». Le ministère de l’Intérieur a salué le « professionnalisme » des agents, assurant que le dialogue avait été privilégié.
Loin d’apaiser le mouvement, l’action policière a renforcé le soutien aux manifestants. Le soir venu, les protestataires se sont de nouveau rassemblés sur la place du Rossio, à Lisbonne, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Lisbonne n’est pas à vendre » et « J’ai été contraint de descendre dans la rue pour crier ! ». La foule a voté à main levée pour rétablir le campement à partir de mercredi. Des rassemblements similaires ont été signalés à Porto et dans d’autres villes du pays.
Des prix immobiliers plus que doublés en neuf ans
Le logement s’est imposé comme le principal moteur de cette mobilisation. Selon les données d’Eurostat, les prix d’achat des biens immobiliers au Portugal ont bondi de 124 % entre 2015 et 2024, soit plus du double de la hausse moyenne dans l’Union européenne. Les coûts locatifs ont également fortement augmenté, en particulier pour ceux qui cherchent un nouveau logement. Au deuxième trimestre 2026, les loyers des nouveaux contrats ont progressé de 10,2 % sur un an, selon l’Institut national de la statistique du Portugal (INE).
Cette situation touche de manière disproportionnée les jeunes ménages, confrontés à des prix immobiliers de plus en plus inaccessibles au regard de leurs revenus. Les manifestants réclament davantage de logements publics et contestent spécifiquement une réforme du gouvernement de centre droit du Premier ministre Luís Montenegro, qui vise à simplifier les procédures d’expulsion en cas d’impayés de loyer.
Le mécontentement dépasse toutefois la seule question du logement. Samedi, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Lisbonne, Porto et Coimbra à l’appel de la principale confédération syndicale du pays, réclamant des salaires et des pensions plus élevés pour contrer la hausse du coût de la vie.
Le Premier ministre appelle au calme alors que l’agitation s’étend
Face à ce mouvement grandissant, le Premier ministre Montenegro a exhorté les citoyens à ne pas « importer » un « climat d’instabilité et de contestation » pour des « raisons purement égoïstes », avant de préciser ensuite que ses propos ne visaient pas les manifestants. Le ministre du Logement, Miguel Pinto Luz, a reconnu la légitimité des inquiétudes de la population, déclarant : « Quand les gens protestent, c’est qu’ils ont des raisons de le faire, parce qu’ils souffrent. »
Les campements espagnols inspirent une solidarité transfrontalière
Le mouvement portugais s’inspire directement des protestations en cours en Espagne. Depuis le 26 septembre, des centaines de tentes occupent la célèbre Puerta del Sol de Madrid et des places d’autres villes, les manifestants dénonçant la flambée des loyers et l’inaccessibilité du logement. La mobilisation espagnole a notamment été marquée par l’histoire de Maricarmen, une Madrilène de 87 ans expulsée en septembre de l’appartement où elle vivait depuis plus de 70 ans. Après l’achat de son immeuble, son loyer devait passer d’environ 480 à 2 650 euros par mois. Elle est décédée deux semaines après son expulsion, sans qu’aucun lien médical de causalité n’ait pu être établi.
Les activistes des deux pays cherchent désormais à coordonner leurs actions. Au Portugal, certains appellent à participer à une grève générale prévue en Espagne le 11 novembre, dans le cadre d’une mobilisation à l’échelle de la péninsule.
La France ressent aussi le poids du logement
La colère trouve également un écho en France, où les protestations contre le coût de la vie mettent régulièrement en avant les prix de l’alimentation, du carburant et de l’énergie. Le logement reste néanmoins l’un des postes les plus lourds pour les budgets des ménages. Selon l’INSEE, les dépenses de logement préengagées représentaient 10,7 % du revenu disponible brut des ménages français en 1960, une part montée à 22,8 % en 2023, soit plus du double en un peu plus de soixante ans.
Cette moyenne masque d’importantes disparités. Les 25 % de ménages les plus modestes consacrent près d’un tiers de leur revenu au logement, même après déduction des aides, des charges et des coûts énergétiques. Le poids du logement contribue à expliquer pourquoi la baisse de l’inflation ou la stabilisation des prix de certains biens ne se traduisent pas nécessairement par une amélioration ressentie du pouvoir d’achat.
Alors que le mouvement de protestation ibérique gagne en ampleur et cherche à franchir les frontières, la crise du logement est devenue un symbole puissant de la précarité économique dans le sud de l’Europe, que les gouvernements de Lisbonne à Madrid, et au-delà, sont de plus en plus contraints d’affronter.
