Un collectif allemand de jeunes a appelé à une journée de mobilisation nationale le samedi 31 octobre, s’inspirant directement des protestations qui ont secoué la France ces dernières semaines. Le groupe, qui agit sous le nom de « Gen Z regelt » — que l’on peut traduire approximativement par « la génération Z gère » —, a annoncé des rassemblements dans 21 villes allemandes, dont Berlin, Hambourg, Munich, Cologne et Francfort.
Plus de 10 000 personnes s’étaient inscrites en ligne dans la matinée du vendredi 23 octobre, selon le magazine allemand Der Spiegel, un chiffre qui ne reflète toutefois pas nécessairement le nombre réel de manifestants qui descendront dans les rues. Le mouvement a adopté l’écureuil roux comme symbole de rassemblement, dont la signification reste floue.
Une inspiration française assumée
Le mouvement reconnaît ouvertement son inspiration française. Sur les réseaux sociaux, des soutiens ont fait circuler des images des protestations françaises et des violences qui ont éclaté lors du week-end des 17 et 18 octobre. Un slogan largement relayé déclare : « Les Français montrent l’exemple, nous le suivons. »
Les revendications des jeunes manifestants allemands font écho à celles exprimées dans les marches françaises : davantage d’investissements dans l’éducation, des bâtiments scolaires mieux entretenus et des mesures pour rendre le coût de la vie plus abordable. Le collectif réclame également une hausse des dépenses de santé et de protection du climat, ainsi qu’une plus grande participation des jeunes aux décisions politiques.
Les premières mobilisations ont déjà commencé. Le mardi 20 octobre, des lycéens ont manifesté à Munich devant l’université, sur la Geschwister-Scholl-Platz, une place nommée d’après deux figures emblématiques de la résistance allemande au nazisme.
L’opposition à un possible retour du service militaire
L’une des caractéristiques du mouvement de protestation allemand est l’opposition à une éventuelle réintroduction du service militaire obligatoire, suspendu en 2011. Dans un contexte de dégradation des conditions de sécurité en Europe — particulièrement depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie —, le gouvernement allemand a engagé une réforme du recrutement militaire.
Depuis le 1er janvier 2026, tous les jeunes Allemands reçoivent un questionnaire à leur 18e anniversaire portant sur leur santé, leurs aptitudes et leur intérêt éventuel pour servir dans la Bundeswehr, les forces armées allemandes. Les hommes sont tenus de répondre, tandis que la participation reste volontaire pour les femmes. La réforme rétablit également l’obligation, pour les hommes nés à partir de 2008, de se soumettre à un examen d’aptitude militaire.
À ce stade, l’engagement militaire reste volontaire. La réforme prévoit toutefois qu’en cas de recrutement insuffisant ou de détérioration de la situation sécuritaire, le gouvernement peut demander au Bundestag, la chambre basse du parlement allemand, de voter sur le rétablissement du service obligatoire. Berlin vise à renforcer significativement ses forces armées, avec pour objectif plus de 260 000 soldats d’active et 200 000 réservistes — plus de 460 000 personnels au total — d’ici 2035. Pour certains jeunes, ces nouvelles obligations administratives constituent déjà un premier pas vers le retour de la conscription.
Les autorités inquiètes des images de violences françaises
Les organisateurs de la mobilisation du 31 octobre affirment vouloir protester pacifiquement. Mais certains appels circulant sur les réseaux sociaux inquiètent les autorités. À Stuttgart, un compte Instagram associé au mouvement a publié des montages présentant des scènes d’affrontements survenues en France.
Interrogé par la chaîne publique régionale SWR, Kolja, un étudiant impliqué dans le mouvement, a reconnu que de telles vidéos peuvent séduire les jeunes internautes, citant leur musique entraînante, leur caractère dramatique et leur popularité auprès de la génération Z.
Le ministère allemand de l’Intérieur a mis en garde contre le risque que des groupes extrémistes récupèrent les protestations et commettent potentiellement des violences. Les autorités distinguent néanmoins ces militants des lycéens et étudiants qui souhaitent manifester pacifiquement. La police prépare en conséquence son dispositif de sécurité. À Francfort, où une manifestation a déjà été enregistrée, les organisateurs attendent 1 700 participants.
Une autre particularité du calendrier préoccupe les forces de l’ordre : le 31 octobre coïncide avec Halloween. Les célébrations mobilisent déjà d’importantes ressources policières et ont été marquées certaines années par des incidents et des dégradations. Le syndicat de police GdP craint que les rassemblements d’étudiants combinés aux festivités d’Halloween ne compliquent le maintien de l’ordre public.
Reste à savoir si la mobilisation allemande atteindra l’ampleur de celles observées en France. Pour l’heure, les organisateurs affichent clairement leur ambition : donner la parole à une génération qui estime que les décisions concernant son avenir sont prises sans elle.
