Charles Sapin, rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles, a renoncé à intervenir sur France Inter après deux émissions et deux jours de grève de salariés opposés à sa nomination, provoquant une vive controverse politique jusqu’au ministère de la Culture.
Depuis fin août, des salariés du service public s’opposaient au recrutement de Sapin, estimant que Valeurs actuelles — qui se présente comme conservateur — promeut des idées d’extrême droite et a été condamné en justice, notamment pour des insultes publiques à caractère raciste.
Une proposition rejetée
Samedi, Sapin a annoncé sur X avoir décliné la proposition de la direction de Radio France de transformer son éditorial politique du dimanche matin — long de 2 minutes 30 secondes, dont deux numéros avaient déjà été diffusés — en un débat en face-à-face.
Cette annonce a clos des semaines de tensions au sein du groupe public, où des salariés estimaient que la présence d’un responsable de l’hebdomadaire revenait à légitimer sa ligne éditoriale.
Des responsables politiques soutiennent le journaliste
Des figures de la droite et de l’extrême droite sont rapidement venues défendre Sapin, réagissant sur les réseaux sociaux tout au long de la journée.
Bruno Le Maire (Renaissance) : « À France Inter, la meute a gagné, un individu a perdu. Et la liberté de débattre meurt. Soutien à Charles Sapin. »
Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat à la présidentielle : « Toute cette histoire, tout ce « petit théâtre antifasciste », serait presque risible si elle n’était pas financée par l’argent des contribuables français. »
Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National pour 2027, a dénoncé ce qu’elle a qualifié de « chasse à l’homme odieuse » menée par la gauche, affirmant que la direction de France Inter avait « confirmé sa soumission aux pires groupuscules » et montré « la lâcheté qu’elle avait déjà affichée face aux insultes proférées contre Jean-Philippe Tanguy, parmi tant d’autres scandales ».
Jordan Bardella, président du RN, a déclaré que l’affaire « illustre la dérive autoritaire d’une gauche qui traite l’audiovisuel public comme sa propriété privée et refuse d’accepter un débat d’idées ». En déplacement dans l’Oise, il a ajouté : « La Maison de la Radio a été privatisée par la gauche, qui déteste la démocratie et n’aime pas le pluralisme. »
Éric Ciotti (UDR) : « Charles Sapin et le pluralisme ont finalement été sacrifiés par la direction de Radio France. J’apporte mon soutien total à ce journaliste courageux. La preuve est faite : AUCUN journaliste qui n’est pas de gauche ne peut s’exprimer sur la radio publique financée par TOUS les Français. Cette dérive insupportable doit cesser au plus vite. »
La gauche salue l’issue
À l’opposé de l’échiquier politique, Manuel Bompard, coordinateur national de La France Insoumise, a balayé ces réactions, les qualifiant de « bel exercice de victimisation, qui esquive la question centrale : le rédacteur en chef adjoint d’un journal condamné pour incitation à la haine raciale a-t-il sa place sur l’audiovisuel public ? La réponse est évidemment non. »
Selon Bompard, la controverse « n’a rien à voir avec le pluralisme », car « heureusement, des éditorialistes de droite existent en dehors de Valeurs actuelles ».
Un débat qui a atteint le gouvernement
Le bras de fer a suscité des réactions jusqu’au ministère de la Culture, soulignant la rapidité avec laquelle une décision de programmation sur l’audiovisuel public s’est muée en un débat national sur le pluralisme, le financement public et les limites de la parole acceptable sur les ondes françaises.
Plus de 300 personnalités publiques avaient auparavant signé une lettre ouverte contre la venue de Sapin sur France Inter, un geste que ses défenseurs ont présenté comme une campagne organisée visant à faire taire une voix dissidente — et que ses détracteurs ont décrit comme une réponse légitime à une publication dont le casier judiciaire comporte des condamnations pour incitation à la haine.
