Un pétrolier battant pavillon pakistanais a navigué dans le détroit d’Hormuz en empruntant une nouvelle route longeant la côte iranienne. Pour les analystes, cela marque l’émergence d’un système de contrôle de trafic de facto imposé par Téhéran. Ce développement survient alors que les tensions régionales sont vives, ce point de passage crucial étant largement fermé et les marchés mondiaux de l’énergie sous pression.
Un passage étroit entre les îles iraniennes
Selon les données de suivi des navires rapportées par Bloomberg, le pétrolier Karachi a franchi un étroit couloir entre les îles iraniennes de Larak et Qeshm dimanche. Le navire a diffusé sa position ouvertement avant de longer la côte vers le golfe d’Oman. Au moins deux vraquiers ont suivi le même itinéraire lundi, également avec leurs transpondeurs actifs, tandis que d’autres navires ont choisi de les couper par sécurité.
Un détroit sous tension
Le détroit d’Hormuz, goulet d’étranglement pour environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, voit son trafic sévèrement perturbé depuis le début du conflit américano-israélien avec l’Iran il y a plus de deux semaines. L’Iran a pris pour cible plusieurs navires, restreignant effectivement le transit et laissant des bateaux immobilisés. Cette perturbation crée un choc sans précédent pour le commerce mondial de l’énergie, faisant flamber les prix et alimentant les craintes inflationnistes.
Des accords politiques remplacent le libre passage
Les analystes interprètent l’utilisation de ce corridor côtier comme la preuve qu’un passage sûr nécessite désormais l’approbation de Téhéran. « Cela crée un système dans lequel le détroit n’est pas formellement fermé, mais où le transit dépend de plus en plus d’ententes politiques avec Téhéran », ont noté les analystes de JPMorgan Chase & Co.
Harrison Prétat du Center for Strategic and International Studies a déclaré que l’utilisation de cette route « semble être liée à l’approbation apparente de l’Iran pour des navires spécifiques », ajoutant qu’elle « serait plus facile à contrôler pour les autorités iraniennes. »
Implications pour le transport maritime mondial et l’assurance
Si ces transits offrent une lueur d’espoir opérationnelle, des défis majeurs persistent :
Échelle limitée : Le nombre de navires utilisant cette route représente une fraction infime du trafic normal, « loin de rétablir les volumes d’expédition habituels », selon Prétat.
Zone à haut risque : La proximité de la route avec l’Iran soulève d’importantes inquiétudes pour les assureurs et les banques finançant les cargaisons, qui classent la zone comme à haut risque.
Processus de vérification : Les experts suggèrent que cela pourrait marquer le début d’un processus de vérification iranien, où les navires doivent être approuvés pour transiter par le chenal Larak-Qeshm.
L’émergence de cette route adjacente à l’Iran marque un changement pivot dans la géopolitique de l’un des passages maritimes les plus vitaux au monde, passant d’un principe de libre navigation à un accès conditionnel contrôlé par une puissance régionale.
