Un arrêt de 350 jours dès le 26 septembre
Moins d’un an après avoir atteint sa pleine puissance, l’EPR de Flamanville, dans la Manche, sera mis à l’arrêt pendant 350 jours à compter du samedi 26 septembre. Cette longue pause doit permettre à l’exploitant EDF de réaliser la première inspection complète du réacteur, qui comprend des milliers d’opérations, dont certaines majeures, au premier rang desquelles le remplacement du couvercle de la cuve.
« Nous allons réaliser trois grandes inspections » lors de cette « visite complète numéro un », a déclaré Renaud Crassous, directeur adjoint de la performance de la division production nucléaire d’EDF. Il l’a décrite comme « une visite approfondie de l’ensemble de l’installation », pour un coût de « plusieurs centaines de millions d’euros ».
Une exigence réglementaire proche d’une visite décennale
Cet arrêt de 350 jours est une obligation réglementaire pour tous les réacteurs du parc d’EDF et devait être engagé dans les 30 mois suivant le chargement du combustible, le 8 mai 2024.
« C’est assez comparable à une visite décennale telle que nous les menons aujourd’hui sur des réacteurs qui atteignent 30 ou 40 ans », a expliqué Renaud Crassous. L’inspection de Flamanville prendra néanmoins plus de temps que celles de sites comme Chooz, dans les Ardennes, ou Civaux, dans la Vienne, qui durent 190 à 200 jours, en raison du « volume d’activité d’inspection » requis, a-t-il précisé.
Cuve, circuit primaire et contrôles d’étanchéité
Le géant du nucléaire doit inspecter la cuve du plus récent réacteur français, examiner le circuit primaire qui capte la chaleur générée par la réaction nucléaire et vérifier l’étanchéité des circuits hydrauliques.
S’y ajoute une opération de grande ampleur : le remplacement du couvercle de la cuve de l’EPR, qui assure l’étanchéité du circuit primaire, à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) en raison d’anomalies connues de longue date.
Un composant de 100 tonnes au cœur du réacteur
Fabriqué par Framatome à Saint-Marcel, en Saône-et-Loire, le couvercle est un composant clé du réacteur. Il pèse près de 100 tonnes et mesure plus de 5 mètres de diamètre. Il abrite également les mécanismes de commande des barres de contrôle qui permettent de gérer la réaction nucléaire en toute sécurité, selon EDF.
L’ancien couvercle sera entreposé sur le site pendant deux ans avant d’être transféré au centre de stockage de déchets radioactifs exploité par l’Andra, l’agence nationale de gestion des déchets radioactifs, dans l’Aube.
D’autres opérations, plus modestes, porteront sur la modification de certains équipements, notamment des échangeurs de refroidissement, du système de contrôle et de la salle de commande de la centrale.
20 000 activités et environ 2 500 personnes mobilisées
Au total, cette rénovation représente 20 000 activités, mobilisera « environ 2 500 personnes » et 200 entreprises partenaires issues du réseau industriel d’EDF, dont beaucoup sont locales. L’ensemble suivra un « planning fiable et robuste, séquencé pour que les activités soient réalisées dans le bon ordre et en toute sécurité », a assuré Renaud Crassous.
Une performance confirmée pour l’installation
Selon le responsable d’EDF, cette première phase d’exploitation « a confirmé le bon comportement de l’installation » et a permis « d’identifier toutes les améliorations qui pouvaient être apportées à certains équipements ».
L’EPR de Flamanville a produit à ce jour 9,9 térawattheures (TWh) d’électricité et a atteint 100 % de sa puissance le 14 décembre 2025. Pour la seule année 2026, il a déjà dépassé son objectif de production.
« Notre objectif était de produire sept TWh en 2026 ; nous l’avons dépassé au 3 septembre », a indiqué Renaud Crassous. Le réacteur affiche une puissance électrique nette — la puissance injectée sur le réseau — de 1 600 mégawatts.
Un projet phare longtemps retardé
Premier réacteur nucléaire mis en service en France depuis 25 ans, Flamanville 3 a été raccordé au réseau fin 2024, avec 12 ans de retard. Ses coûts sont passés d’une estimation initiale de 3,3 milliards d’euros à environ 23,7 milliards d’euros aux prix de 2023, selon la Cour des comptes. Construit face à la Manche aux côtés de deux réacteurs plus anciens, il constitue l’unité la plus puissante du parc nucléaire français.
