L’administration Trump est engluée dans une crise de crédibilité qui s’aggrave, après que le président Donald Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio ont fourni des explications radicalement contradictoires sur l’entrée des États-Unis dans un conflit militaire avec l’Iran. Cette situation a forcé la Maison Blanche sur la défensive et lui vaut des critiques de la part de ses alliés conservateurs.
Mardi, le président Trump a affirmé avoir ordonné aux forces américaines de se joindre à l’attaque d’Israël parce qu’il croyait que l’Iran était sur le point de frapper en premier. « J’en étais fermement convaincu », a déclaré Trump aux journalistes dans le Bureau ovale. « Si nous ne l’avions pas fait, ils auraient attaqué les premiers. » Cette déclaration contredit directement la raison avancée par son plus haut diplomate seulement un jour plus tôt.
**La justification de la frappe préventive par Rubio**
Le secrétaire d’État Rubio avait en effet déclaré aux journalistes lundi que les États-Unis avaient lancé l’attaque par crainte de représailles imminentes de l’Iran contre les forces américaines suite à une action israélienne planifiée. « Nous savions que si nous ne les attaquions pas préventivement avant qu’ils ne lancent ces attaques, nous subirions des pertes plus élevées », avait dit Rubio.
Cet écart a alimenté les accusations des critiques, y compris au sein de la base politique de Trump, selon lesquelles l’administration a lancé une « guerre de choix » et est indûment influencée par Israël. L’Iran a systématiquement qualifié l’assaut américain de non provoqué.
**Contrecoup conservateur et conséquences politiques**
Les récits conflictuels ont déclenché un important contrecoup de la part de commentateurs conservateurs de premier plan. Le podcasteur Matt Walsh, s’adressant à ses 4 millions d’abonnés, a critiqué l’explication de Rubio comme « la pire chose qu’il aurait pu dire », suggérant qu’elle révélait qu’Israël « forçait notre main ».
Megyn Kelly, une autre voix conservatrice influente, a exprimé des doutes, déclarant : « J’ai vraiment le sentiment qu’il s’agit clairement de la guerre d’Israël. » Ces critiques internes surviennent alors que les Républicains luttent pour garder le contrôle du Congrès lors des prochaines élections de mi-mandat, compliquant le paysage politique pour l’administration.
**Contrôle des dégâts à la Maison Blanche**
Face à la controverse grandissante, la Maison Blanche a engagé un intense contrôle des dégâts. Trump a fait ses premières déclarations publiques aux journalistes depuis le début du conflit trois jours plus tôt, bien qu’il n’ait présenté aucune preuve à l’appui de son affirmation d’une attaque iranienne imminente.
Interrogé sur Capitol Hill, le secrétaire d’État Rubio a tenté de concilier les versions, affirmant : « Le fond du problème est le suivant : le président a déterminé que nous n’allions pas être frappés les premiers. C’est aussi simple que cela. »
**Dans les coulisses : les pourparlers de Genève**
Deux hauts responsables de l’administration, lors d’un briefing mardi, ont détaillé la rupture diplomatique qui a précédé l’action militaire. Ils ont décrit des négociations à Genève entre les émissaires américains — Steve Witkoff et Jared Kushner — et des responsables iraniens, avec la médiation d’Oman.
Les responsables ont affirmé que la partie américaine avait pressé à plusieurs reprises l’Iran d’abandonner l’enrichissement d’uranium. Au lieu de cela, l’Iran a présenté un plan pour enrichir l’uranium à des niveaux plus élevés au réacteur de recherche de Téhéran. Les émissaires américains ont interprété cela comme une tactique dilatoire et ont rapporté à Trump que bien qu’un accord nucléaire similaire à celui de 2015 sous Obama soit possible, il nécessiterait des mois de négociations supplémentaires.
Le président Trump a ordonné l’action militaire le lendemain. L’Iran nie chercher à obtenir une arme nucléaire.
L’administration fait désormais face au double défi de gérer un conflit militaire et une crise politique naissante sur sa justification, l’unité se fissurant à la fois publiquement et au sein de ses propres rangs.
