Les autorités françaises ont pris une série de mesures d’interdiction visant des rassemblements et manifestations prévus jeudi, invoquant de graves risques de troubles à l’ordre public après les violences et les pillages qui ont entaché la mobilisation sociale du week-end dernier.
Paris verrouille plusieurs quartiers
Dans la capitale, la préfecture de police de Paris a publié un arrêté interdisant les rassemblements et manifestations dans plusieurs secteurs clés de la ville entre 8 heures et 20 heures jeudi. Les zones concernées incluent les abords du palais de l’Élysée, de Matignon, de l’Assemblée nationale et du Sénat, ainsi que des sites touristiques majeurs comme les Champs-Élysées, le musée du Louvre et le quartier des grands magasins.
L’interdiction couvre également la place d’Italie, la place de la Bastille, la place de la République, la zone commerciale de Châtelet-Les Halles, l’île de la Cité et l’ensemble des gares parisiennes.
Plus tôt dans la journée, la préfecture de police avait déjà prohibé une manifestation déclarée par Interfac IDF, une organisation étudiante représentant les universités de la région parisienne, qui prévoyait un parcours du boulevard de l’Hôpital à la place de la Bastille. Les autorités ont invoqué « l’incapacité de l’organisateur à prévenir les débordements » lors des rassemblements des 13 et 17 octobre, ainsi que la nécessité de « garantir la sécurité des biens et des personnes ».
Interfac IDF a condamné ce qu’elle qualifie de « choix de la répression policière et administrative » du gouvernement et a annoncé son intention de contester l’interdiction devant le tribunal administratif de Paris.
Des interdictions dans plusieurs régions
Le préfet du Rhône a interdit une manifestation prévue jeudi après-midi à Lyon, organisée par le syndicat étudiant UNEF et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Le préfet Étienne Guyot a déclaré avoir fait le « choix responsable » de prohiber le rassemblement « compte tenu des risques graves pour l’ordre public et du contexte actuel, pour éviter tout débordement et garantir la sécurité de tous ».
Le parcours envisagé par les organisateurs devait s’achever place Bellecour, où des violences ont éclaté samedi lors d’une manifestation contre la vie chère, incluant l’incendie d’une antenne de l’office de tourisme.
À Grenoble, le préfet de l’Isère a pris un arrêté similaire interdisant « tout rassemblement, attroupement, manifestation ou cortège » à partir de 6 heures jeudi dans un périmètre défini, afin de « préserver l’hypercentre et cette partie du centre de Grenoble qui a été extrêmement durement touchée lors de la journée du 17 ».
Tous les rassemblements et « manifestations de protestation » sont également prohibés dans de vastes zones de Lille et de la commune voisine de Wattignies jeudi, de 7 heures à 22 heures, selon un arrêté préfectoral publié mercredi.
Samedi déjà dans le viseur
Au-delà de jeudi, l’attention se porte déjà sur samedi 24 octobre, présenté comme l’« acte II » du mouvement social qui avait réuni entre 550 000 et 800 000 personnes dans les rues le 17 octobre, une journée qui s’était achevée par des scènes de violence et de pillages.
Dans plusieurs villes, les manifestations sont déjà interdites pour samedi. À Rouen et au Havre, les rassemblements seront prohibés entre 9 heures et 20 heures, à la suite des « violences urbaines survenues à Rouen et au Havre, comme dans de nombreuses autres villes françaises » le 17 octobre.
Dans la ville méridionale de Toulon, « les manifestations, cortèges, défilés et rassemblements de protestation » seront interdits dans le centre-ville samedi de 11 heures à 23 h 59, a annoncé le préfet du Var, Simon Babre.
À Grenoble, les manifestations dans le centre-ville ont été interdites jusqu’à 6 heures dimanche, tandis qu’au Mans, le préfet de la Sarthe a annoncé l’interdiction de « toute manifestation jusqu’au mardi 27 octobre à 8 heures » dans le centre-ville.
Incertitude sur le rassemblement parisien de samedi
Aucune information n’a toutefois encore été communiquée concernant le sort de la manifestation prévue samedi à Paris. Un parcours a été formellement déposé par un représentant de la coordination des Gilets jaunes du 17 octobre mercredi.
« Je viens d’envoyer, avec quelques collègues, une déclaration à la préfecture pour un parcours partant de Bastille et allant jusqu’à Opéra. La CGT Paris a annoncé qu’elle irait à Bastille, et l’Union étudiante également », a déclaré Benjamin Ball, rédacteur en chef d’un site recensant toutes les actions prévues pour l’« acte II » de samedi, mercredi sur France 2.
« Et samedi 24 ? Toutes les manifestations seront-elles interdites ? Nous ne laisserons pas faire », a promis Interfac IDF, qui prévoit de tenir une nouvelle assemblée générale jeudi à 18 heures.
Le ministère de l’Intérieur doit détailler jeudi le dispositif de sécurité pour samedi, mais a déjà prévu de déployer des véhicules blindés, des forces militaires Sentinelle ainsi que des unités d’élite de la police et de la gendarmerie.
