Eli Lilly développe actuellement le rétatrutide, un peptide dont les premiers essais cliniques suggèrent une efficacité particulièrement marquée pour la perte de poids. Fort de résultats initiaux favorables, le laboratoire prévoit de déposer une demande d’autorisation de mise sur le marché auprès de la Food and Drug Administration (FDA) au premier trimestre 2027. Pourtant, la molécule est déjà écoulée clandestinement sur les réseaux sociaux, donnant lieu à de nombreux abus, selon BFM Business.
Une approche à triple récepteur
Surnommé « King Kong » par certains médecins, le rétatrutide serait le premier médicament à cibler trois récepteurs, en imitant trois hormones naturelles intestinales et pancréatiques : le GLP-1, le GIP et le glucagon. Le Mounjaro d’Eli Lilly n’en vise que deux (GLP-1 et GIP), tandis que le Wegovy de Novo Nordisk n’en cible qu’un seul (GLP-1). Selon les derniers essais publiés en mai, le rétatrutide pourrait permettre une perte de poids de 28,3 % sur 18 mois à la dose la plus élevée, tout en limitant la perte de masse musculaire maigre.
Un marché noir en plein essor
Ces promesses ont suscité un vif engouement autour du rétatrutide, notamment dans un contexte de pénurie de traitements contre l’obésité aux États-Unis depuis 2023. Un véritable marché noir s’est organisé, des laboratoires de recherche chinois commercialisant illégalement leurs produits via des influenceurs sur les réseaux sociaux.
Aux États-Unis, plusieurs influenceurs fitness suivis par plus de 200 000 abonnés vantent les bienfaits des peptides et orientent les internautes vers des sites vendant le rétatrutide à des prix allant de 80 à 350 dollars. En France, des comptes se présentant comme des « pharmaciens » mettent également en avant des liens censés permettre l’achat de la molécule. TikTok a tenté de lutter contre ce trafic illégal en 2025 en supprimant les contenus liés à certains mots-clés comme « rétatrutide » ou « reta ». Mais les utilisateurs ont contourné ces restrictions.
Des dangers avérés
De nombreux risques entourent toutefois ces ventes illégales. Les « peptides » injectables frauduleux présentent un risque accru d’effets indésirables, notamment des atteintes hépatiques, des infections ou des réactions allergiques graves, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Plus généralement, les produits vendus clandestinement sous le nom de rétatrutide, en particulier ceux provenant de Chine, présentent des incertitudes quant à leur composition, leur dosage et leur efficacité réelle.
La situation fait écho aux inquiétudes croissantes concernant le détournement des médicaments anti-obésité, alors que les autorités de pharmacovigilance continuent de surveiller le mésusage de ces traitements. En France, deux médicaments anti-obésité sont désormais remboursés, mais l’accès reste strictement encadré.
Alors qu’Eli Lilly prépare son dossier réglementaire, l’écart entre le développement clinique légitime et le marché en ligne non régulé ne cesse de se creuser, laissant les autorités sanitaires confrontées à la question de la protection des consommateurs face à des produits contrefaits potentiellement dangereux.
