Une démonstration d’unité aux portes des États-Unis
Emmanuel Macron se rendra dans l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon de samedi à lundi, où il rejoindra le Premier ministre canadien Mark Carney. Les deux dirigeants y mettront en scène une démonstration soigneusement orchestrée d’unité entre le Canada, la France et l’Europe, ainsi qu’une affirmation appuyée de souveraineté nationale face aux provocations répétées de Donald Trump.
Le président français est attendu samedi soir sur l’île de Saint-Pierre, avant la visite de Mark Carney dimanche. Le Premier ministre canadien n’aura qu’un court trajet à effectuer, l’archipel se trouvant à seulement une vingtaine de kilomètres des côtes de Terre-Neuve.
Un message de souveraineté
Autour des mots-clés « souveraineté », « autonomie stratégique » et « solidarité », les deux dirigeants — Mark Carney étant le premier chef de gouvernement canadien à se rendre dans l’archipel — entendent adresser un message de fermeté à un président américain qui a traité la région comme son arrière-cour et a évoqué à plusieurs reprises l’idée d’annexer le Canada et le Groenland.
Selon le palais de l’Élysée, la France veut réaffirmer sa « présence géostratégique aux portes des États-Unis et de l’Arctique », où de nouvelles routes maritimes sont également convoitées par la Russie et la Chine. Cette visite intervient alors que de nouvelles « rivalités » reconfigurent le paysage stratégique de la région.
Mark Carney arrivera directement de Strasbourg, où il a scellé un rapprochement majeur entre le Canada et l’Union européenne — une initiative qui a exaspéré Donald Trump, déjà engagé dans une guerre commerciale sans relâche contre Ottawa.
Plus tôt ce mois-ci, le président américain a publié en ligne une carte recouverte du drapeau étoilé couvrant le Canada, le Groenland, le Mexique et les Caraïbes — Saint-Pierre-et-Miquelon inclus.
« Plus forts ensemble », a déclaré Mark Carney devant le Parlement européen jeudi, approuvant la proposition de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de faire du Canada le premier « membre associé » de l’UE.
Un parallèle historique et des attentes locales
Emmanuel Macron devrait également invoquer l’histoire : Saint-Pierre-et-Miquelon a été le premier territoire français à rallier les Forces françaises libres en 1941, sur ordre du général de Gaulle et contre la volonté des États-Unis, qui préconisaient de le placer sous tutelle alliée.
La dernière visite présidentielle dans l’archipel — un avant-poste français en Amérique du Nord depuis deux siècles, situé à 4 300 kilomètres de la France métropolitaine — remonte à François Hollande en 2014. Avec ce déplacement, qui se poursuivra à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron aura visité presque tous les territoires français d’outre-mer, de l’océan Indien au Pacifique.
L’Élysée indique que la visite vise « à ouvrir une nouvelle trajectoire pour l’archipel » sur un horizon de 10 à 15 ans et à l’établir comme « base arrière pour la coopération polaire avec le Canada et le Groenland ».
Plus petite collectivité de France, avec moins de 6 000 habitants répartis sur 240 kilomètres carrés, Saint-Pierre-et-Miquelon fait face à des défis croissants : un coût de la vie élevé, l’éloignement de la métropole, un port vieillissant et une population en baisse faute de renouveau économique.
« Nous devons relancer une dynamique avec des projets ambitieux dans le numérique, l’aérien et les infrastructures maritimes », a déclaré Annick Girardin, sénatrice de l’archipel et ancienne ministre de l’Outre-mer sous Emmanuel Macron, à l’AFP, disant attendre des mots « forts » du président.
Annonces économiques et résistance locale
Emmanuel Macron sera accompagné de dirigeants des entreprises spatiales françaises Skynopy et Look Up, ainsi que de SCLES, qui prévoit un câble numérique entre la Bretagne et New York avec un possible embranchement vers Saint-Pierre.
Il devrait faire des annonces sur la rénovation du port de Saint-Pierre, par lequel transitent les approvisionnements de l’archipel et qui menace de s’effondrer, ainsi que sur le remplacement du patrouilleur Fulmar — un chalutier reconverti vieillissant, seul navire de la Marine nationale dans l’archipel — et sur le financement de la deuxième phase du déplacement du village de Miquelon, qui compte 600 habitants, qu’il visitera.
Ce vaste chantier — à peine lancé, avec une douzaine de maisons construites sur un nouveau site à 1,5 kilomètre — s’annonce long et reste profondément clivant.
« Le village d’origine sera toujours là dans 50 ans », a déclaré Stéphane Lenormand, député de Saint-Pierre-et-Miquelon. « C’est bien trop tôt, et la moitié du village est opposée. »
