À quinze jours du scrutin, le paysage politique américain évolue. Les élections de mi-mandat du mardi 3 novembre concerneront l’intégralité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Un moment crucial pour Donald Trump, alors qu’une « vague bleue » démocrate est déjà anticipée en raison de son impopularité croissante.
La Chambre : les démocrates à l’affût
Le Congrès américain se compose du Sénat et de la Chambre des représentants. Cette dernière, forte de 435 membres, équivaut à l’Assemblée nationale et est entièrement renouvelée tous les deux ans. Les républicains y détiennent actuellement la majorité avec 219 sièges contre 214 pour les démocrates. Deux sièges sont vacants, précédemment occupés par un démocrate et un républicain. Le parti du président ne dispose donc que d’une majorité très fragile, 218 sièges étant nécessaires pour contrôler la chambre. Les démocrates n’ont besoin que d’un gain net de trois sièges pour reprendre la majorité.
Pour conserver leur emprise, les républicains ont mené ces derniers mois une longue bataille pour redessiner les circonscriptions. Cela suffira-t-il ? La popularité en constante diminution de Donald Trump jette le doute. Selon les derniers calculs du Washington Post de ce lundi 19 octobre, 202 résultats sont « solidement » ou « très probablement » démocrates. 187 sont « solidement » ou « très probablement » républicains. Restent 46 sièges réellement en jeu : 12 penchent démocrate, 13 penchent républicain. Dans les 21 derniers, la course est si serrée qu’il est impossible de prédire la couleur du vainqueur.
Le statisticien réputé Nate Silver estime que les démocrates ont 94 % de chances de remporter la Chambre, selon ses chiffres du 7 octobre. Le site Decision Desk HQ leur accorde 75 % de chances. Les experts en sondages, comme certains élus prudents, restent toutefois méfiants. D’abord parce que les chiffres de nombreux sondages restent dans la marge d’erreur. Ensuite parce que les sondages précédents se sont révélés très inexacts, comme lors de l’élection présidentielle de 2016, où la victoire de Trump n’était pas anticipée, ou lors des midterms de 2022, où une « vague rouge » républicaine avait été annoncée sans jamais se matérialiser.
Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, résume la situation en chiffres auprès du HuffPost. « Pour parler d’une défaite limitée pour les républicains, les démocrates auraient besoin d’une petite majorité de 220 sièges. Le Cook Political Report [une publication indépendante analysant les élections, NDLR] estime que la fourchette se situera entre 224 et 234 sièges pour les démocrates, ce qui commence déjà à être une bonne majorité », détaille l’auteur de The Words of Trump. « Les démocrates auraient besoin d’une majorité de 240 sièges pour parler d’une lourde défaite », juge Viala-Gaudefroy.
Une bataille difficile pour le Sénat
Au Sénat, la dynamique est différente. La chambre haute se compose de 100 sièges — deux par État — renouvelables par tiers tous les deux ans. Les républicains y détiennent actuellement la majorité avec 53 élus contre 47 démocrates. Ce 3 novembre, 35 sièges sont à renouveler. Parmi eux, selon les calculs du New York Times, 9 sont démocrates et 13 républicains. Les 13 derniers sont les plus incertains : 4 penchent démocrate, 2 penchent républicain et 7 sont sur le fil du rasoir. Autrement dit, malgré leur majorité relativement confortable, les républicains risquent aussi de perdre le Sénat.
Selon Nate Silver, les démocrates ont 75 % de chances de reprendre le Sénat, tandis que Decision Desk HQ leur accorde 55 % de chances. La tâche reste difficile pour les démocrates. « Le Sénat est structurellement plus favorable aux républicains. Les démocrates ont besoin d’un gain net de 4 sièges pour obtenir 51 sièges. Car s’il y a 50 sièges démocrates et 50 républicains, le vice-président tranche », explique Viala-Gaudefroy.
Trois élections stratégiques sont particulièrement scrutées : le duel entre l’ancien séminariste démocrate James Talarico et le candidat MAGA controversé Ken Paxton au Texas, État profondément conservateur qui n’a pas élu de sénateur démocrate depuis 1988 ; la bataille entre la républicaine sortante Susan Collins et son rival progressiste Troy Jackson dans le Maine ; et la course entre le représentant démocrate de gauche Abdul El-Sayed et le républicain Mike Rogers dans le Michigan.
Des conséquences majeures pour la fin du mandat de Trump
Donald Trump sait que les midterms sont traditionnellement défavorables au parti au pouvoir. « Pour une raison ou une autre, le président en exercice, aussi bon semble-t-il être — personne n’a fait ce que j’ai fait, personne, et de loin — a un énorme handicap », a-t-il reconnu à la mi-octobre. « Mais je fais campagne et des meetings », et « le niveau d’enthousiasme pour le Parti républicain monte en flèche », a-t-il encore affirmé.
Cette rhétorique, comme le bilan du président, augurent mal. « Donald Trump pourra dire que la défaite républicaine s’explique par l’absence de son nom sur les bulletins, mais il pourrait aussi y avoir des contestations des résultats », prévient Viala-Gaudefroy. Un avis partagé par Jeff Hawkings, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), qui ajoute : « Les contestations juridiques infondées que les républicains pourraient porter contre les résultats électoraux auraient peu plus de chances de réussir que celles de 2020, lorsque Trump avait déjà cherché à « arrêter le vol » après avoir perdu l’élection présidentielle. Mais le mal serait déjà fait. »
Sur le plan politique, Viala-Gaudefroy rappelle que le nouveau Congrès ne siégera pas avant le 3 janvier. Pendant ces trois mois de transition, les républicains pourront accélérer l’adoption de nouvelles lois ou nommer de nouveaux juges, notamment à la Cour suprême. Car ensuite, tout sera plus difficile. « Trump ne pourra plus faire passer ses projets de loi, même s’il gouverne principalement par décret. Cela posera problème, notamment pour le budget », souligne le spécialiste des États-Unis.
Autre risque : l’ouverture d’enquêtes parlementaires, voire d’une procédure d’« impeachment » visant à renverser le président. Outre le fait que celle-ci ait très peu de chances d’aboutir (elle exige une majorité des deux tiers au Sénat), Viala-Gaudefroy estime qu’elle n’est pas dans l’intérêt des démocrates deux ans avant la fin du mandat présidentiel, d’autant qu’« elle donnerait à Trump l’occasion de se poser en victime ».
Des élections locales à surveiller
Les midterms ne se limitent pas au Congrès. 36 élections de gouverneurs sont également organisées, avec des enjeux loin d’être anodins. « Selon qui est élu à la tête de l’État, la situation est complètement différente sur la question du redécoupage électoral ou de la manière dont seront organisées les élections de 2028, par exemple », souligne Viala-Gaudefroy.
Outre les gouverneurs, les électeurs sont parfois appelés à voter pour leurs élus locaux ou leur shérif. Des propositions de politique de type référendaire figurent aussi sur les bulletins : les électeurs du Missouri, par exemple, pourront choisir de restreindre drastiquement l’avortement, tandis que les Californiens sont appelés à se prononcer sur la « Proposition 40 », qui prévoit un impôt minimum sur les milliardaires.
