Le Pakistan reste piégé dans un cycle économique débilitant en raison de défauts de gouvernance structurels profonds, selon l’ancien ministre des Finances Miftah Ismail. S’exprimant lors du Karachi Literature Festival, lui et d’autres dirigeants éminents ont tracé une feuille de route stricte pour le redressement, soulignant que l’élimination du terrorisme est un prérequis pour créer un environnement propice à la croissance.
Une stratégie à long terme fait consensus
La session, intitulée « Fixer les fondamentaux : la réforme économique du Pakistan », a réuni des figures clés dont l’ancien gouverneur de la SBP, le Dr Ishrat Husain, le conseiller du Premier ministre pour la privatisation, Muhammad Ali, et la présidente du Pakistan Business Council, le Dr Zeelaf Munir. Le panel s’est unanimement accordé sur l’insuffisance des mesures tactiques à court terme pour résoudre les défis économiques persistants de la nation. Les discussions ont porté sur le besoin urgent d’une stratégie cohérente et à long terme pour stabiliser et développer l’économie.
Les domaines de réforme clés mis en lumière
Les experts ont identifié plusieurs domaines critiques nécessitant une attention immédiate et soutenue :
Gouvernance et fiscalité : Le conseiller Muhammad Ali a souligné que la réforme doit commencer par la documentation de l’économie pour renforcer l’assiette fiscale. Il a affirmé qu’une croissance durable est impossible sans une documentation économique adéquate et une réforme fiscale, appelant à réduire l’empreinte de l’État dans les activités commerciales.
Dette et fardeau des importations : Le Dr Ishrat Husain a mis en lumière le lourd fardeau de la dette extérieure du Pakistan, s’élevant à 25 milliards de dollars, notant que le pays nécessite environ 12 milliards de dollars par an pour le service de la dette. Il a pointé une facture annuelle d’importation alimentaire de 10 milliards de dollars qui pourrait être réduite en revitalisant l’agriculture nationale par un meilleur crédit et des techniques modernes.
Cohérence politique et investissement : Le Dr Zeelaf Munir a insisté sur le fait que la crédibilité et la cohérence des politiques sont non négociables pour attirer les investissements. Elle a cité l’histoire de trois décennies de faible croissance du Pakistan, la reliant à un désalignement structurel et à une incohérence dans l’élaboration des politiques, aggravés par une crise du développement humain.
Exportations et politique industrielle : L’ancien ministre des Finances Asad Umar a souligné le besoin crucial de restructurer l’économie pakistanaise pour l’aligner sur la demande mondiale. « Aucune nation ne peut atteindre une croissance soutenue sans augmenter ses exportations », a-t-il déclaré, appelant à une planification industrielle à long terme et à une réduction de l’intervention gouvernementale.
Un appel à des changements fondamentaux
Miftah Ismail a détaillé les changements nécessaires, appelant au contrôle de la population, à l’éducation universelle, à la réforme de la NFC Award et à la réduction des dépenses publiques. Il a plaidé pour le renforcement des gouvernements locaux comme alternative à la création de provinces plus petites et a poussé à la privatisation des services publics d’électricité et de gaz pour améliorer l’efficacité.
Le modérateur Muhammad Azfar Ahsan a identifié « l’ad-hocisme » réactif et à court terme comme un défi national persistant, affirmant que le Pakistan doit être géré par une politique économique à long terme cohérente, fondée sur des règles et des données, et construite sur une continuité institutionnelle.
La voie à suivre
La session s’est conclue sur une compréhension partagée que la relance économique du Pakistan dépend d’une approche multipartite : réforme structurelle, cohérence politique inébranlable, responsabilité institutionnelle, croissance tirée par les exportations et investissement significatif dans le développement humain. Tout en reconnaissant la difficulté des décisions requises, les intervenants ont convenu que la transparence, la confiance et une gouvernance robuste sont les fondations essentielles pour placer le pays sur une voie stable vers une croissance économique durable.
