La FIFA a déclenché une lutte de pouvoir féroce au sein du football mondial en annonçant son intention de créer une filiale de 20 milliards de dollars pour gérer ses opérations commerciales, une initiative qui a poussé l’UEFA à accuser l’instance dirigeante de mettre « l’âme » du sport en vente. Cette proposition vise à attirer des milliards de capitaux privés en offrant des participations minoritaires à des investisseurs externes.
**La structure de l’accord**
Selon le plan dévoilé mardi, la FIFA créerait une nouvelle entité nommée FIFA Forward Enterprise (FFE) pour superviser les « opérations commerciales et événementielles » de ses tournois phares, y compris la récente Coupe du monde à 48 équipes. Bien que la FIFA conserve le contrôle exclusif, elle entend vendre jusqu’à 20 % de la filiale à des investisseurs privés, dans le but de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars.
Un véhicule fondé par Joshua Kushner, le frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, devrait diriger le groupe d’investisseurs proposé. La FIFA travaille avec les banquiers de JPMorgan pour faciliter le processus, avec l’ancien PDG de Liberty Media, Greg Maffei, en tant que conseiller commercial.
**La vision de « démocratisation » d’Infantino**
Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a présenté l’initiative comme une mission visant à redistribuer les richesses et à développer le sport à l’échelle mondiale. Il a déclaré que tous les bénéfices nets seraient réinvestis dans le jeu, soulignant que le rôle de l’organisation est de garantir que le football se développe dans tous les coins du monde.
« Il s’agit de la démocratisation du football à l’échelle mondiale », a déclaré Infantino. Les capitaux levés sont destinés à financer un programme optionnel permettant aux associations membres d’accéder jusqu’à 20 millions de dollars en capital unique pour les infrastructures, l’encadrement et le développement de base, un montant qui devrait passer à 24 millions de dollars d’ici le cycle 2035-2038.
La FIFA a souligné que les investisseurs externes ne détiendraient qu’une participation minoritaire sans aucun rôle opérationnel et n’auraient aucune influence sur la gouvernance du football, le calendrier des matchs ou les décisions réglementaires.
**Critiques virulentes et fossé grandissant**
La proposition a suscité des critiques immédiates et cinglantes de la part de l’UEFA, approfondissant le fossé existant entre les deux puissantes instances. L’UEFA a publié un communiqué affirmant que le plan « franchit une ligne que les institutions dirigeantes du football ne devraient jamais franchir ».
« L’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à échanger — surtout avec zéro transparence sur qui en tire un bénéfice financier », a déclaré l’UEFA. « Aucun d’entre nous n’est propriétaire du football. Ce n’est pas à la FIFA de le vendre. »
Les réactions négatives ont dépassé l’Europe. Le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, a condamné le plan sur les réseaux sociaux, écrivant : « La Coupe du monde n’est pas un produit… Habillez l’accord comme vous voulez. Une fois que vous en avez vendu une partie, vous avez vendu votre âme. »
Richard Sheehan, professeur de finance à l’Université de Notre Dame, a qualifié la proposition de « farce » du point de vue d’une organisation à but non lucratif, la qualifiant de « recherche d’argent » par la direction actuelle.
**Profil de l’investisseur et prochaines étapes**
L’investisseur principal attendu, Thrive Eternal, est un nouveau véhicule de capital permanent lancé par Thrive Capital de Joshua Kushner. La stratégie se concentre sur des participations minoritaires à long terme dans des franchises et des institutions culturelles, ayant récemment investi dans les San Francisco Giants de la Ligue majeure de baseball. Une source a confirmé que Jared Kushner n’est pas un investisseur potentiel.
Un porte-parole de la FIFA a déclaré que la proposition sera présentée aux 211 associations membres et au Conseil de la FIFA, qui seront les décideurs finaux. Cette controverse prépare le terrain pour une bataille significative sur le financement futur et le contrôle du sport le plus populaire au monde, alors qu’Infantino se prépare pour une candidature à la réélection l’année prochaine.
