C’est l’un des symboles les plus reconnaissables de la papauté. À Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz, des centaines de milliers de personnes attendent l’arrivée du pape Léon XIV en France. De la visite du palais de l’Élysée et de l’UNESCO aux vêpres à Notre-Dame-de-Paris, en passant par une messe sur les Champs-Élysées et une veillée au Stade de France, l’un des temps forts du voyage apostolique sera les processions du pape à bord de la célèbre popemobile à Paris et à Metz — le véhicule emblématique du souverain pontife, à la tête de quelque 1,4 milliard de catholiques dans le monde.
Cette machine unique en son genre, dont le nom est la contraction de « pope » et « automobile », sera au centre de l’attention. Impossible de la manquer : avec sa carrosserie blanche et son siège surélevé à l’arrière, elle permet au chef de l’Église catholique d’être vu par tous les fidèles. Mais que savez-vous vraiment de l’histoire de ce véhicule extraordinaire ?
Un symbole de la modernisation de l’Église
Les premières popemobiles remontent à 1930. Cette année-là, deux constructeurs offrent au pape Pie XI une voiture spécialement conçue pour ses déplacements : André Citroën construit une Lictoria C6, une voiture de luxe équipée d’un trône, tandis que Mercedes-Benz fait don au Vatican d’une limousine 60 Nürburg, également dotée d’un siège en brocart à l’arrière.
Les popemobiles restent toutefois rarement utilisées au début du XXe siècle. Jusque dans les années 1970, lors des rassemblements de foule, les chefs de l’Église catholique sont portés sur un grand trône appelé « sedia gestatoria » — littéralement une « chaise à porteurs » — soulevé par des hommes sur leurs épaules afin que les fidèles puissent les voir. C’est sous Paul VI que les habitudes commencent à changer. L’image du trône, jugée trop éloignée du peuple, est rapidement abandonnée. Moderniser l’image de la papauté est aussi une priorité. Dès lors, les popemobiles sont de plus en plus utilisées pour les déplacements des souverains pontifes.
Une multitude de constructeurs
De nombreuses marques ont façonné l’histoire de la flotte de véhicules du Vatican. La valeur publicitaire pour un constructeur lorsque le pape se déplace dans l’un de ses véhicules est énorme. La première popemobile de l’ère moderne remonte à 1976 : un Toyota Land Cruiser 4×4, blanc à l’intérieur comme à l’extérieur et équipé d’une plateforme permettant au Saint-Père d’être surélevé. Puis, en 1980, la marque italienne Fiat fournit à Jean-Paul II une Campagnola. C’est à bord de ce modèle que le pape est visé par une tentative d’assassinat lors d’un rassemblement de foule place Saint-Pierre, en mai 1981.
Les véhicules blindés deviennent alors la norme, avec des marques emblématiques comme Land Rover et surtout Mercedes-Benz. Le constructeur allemand figure parmi ceux qui ont fourni le plus de véhicules au Vatican. Toutefois, lorsqu’un souverain pontife se rend loin, les popemobiles sont souvent mises à disposition sur place. Plusieurs marques sont alors représentées : Peugeot, Toyota, Isuzu, Jeep, Dacia et même Lamborghini, par exemple.
En général, selon la distance, les popemobiles sont acheminées vers leur destination par voie aérienne ou par la route en convoi. Pour des raisons logistiques, le pape Léon XIV disposera de trois véhicules différents lors de son déplacement en France : deux popemobiles — une pour Paris, une pour Metz — ainsi qu’une petite voiturette de golf. Les véhicules seront arrivés sur place quelques jours avant la visite du pontife.
Un cahier des charges unique
Depuis les années 1970, différents modèles se sont succédé, partageant des caractéristiques communes : les popemobiles sont souvent à toit ouvert, toujours blanches, équipées d’une plateforme surélevée, d’une cabine vitrée et d’une plaque d’immatriculation unique — « SCV1 », pour « Stato della Città del Vaticano » (État de la Cité du Vatican). Pour les constructeurs, concevoir une popemobile est toujours un défi technique. Chaque réalisation est menée en étroite collaboration avec le Vatican. La voiture pontificale doit permettre au chef de l’Église catholique d’être mobile, visible et surtout en sécurité. Après la tentative d’assassinat contre Jean-Paul II, les règles ont changé.
Les nouveaux modèles de popemobiles sont devenus bien plus protecteurs, avec un blindage sur la carrosserie ainsi que sur les vitres. Face à diverses menaces, l’équipement est désormais conçu pour résister aux tirs de mitrailleuses et de grenades. En raison de son blindage, une popemobile est extrêmement lourde — deux à trois fois plus qu’une voiture de taille normale. Bien que le véhicule se déplace aussi très lentement pendant les processions, à une moyenne d’environ 3 km/h, il doit être capable d’accélérer rapidement en cas d’attaque.
Le passage à l’électrique
Depuis septembre 2024, la première popemobile électrique de l’histoire est en service. Il s’agit d’un modèle G-Class 580 EQ, construit à la main et sur mesure par le constructeur allemand Mercedes-Benz, l’un des fournisseurs préférés de la papauté depuis près d’un siècle. Techniquement, le véhicule mesure cinq mètres de long, pèse trois tonnes et dispose de quatre moteurs électriques développant 588 chevaux.
C’est à l’occasion du Jubilé 2025 que le pape François, que certains avaient surnommé le « pape vert », a reçu le véhicule.
Une ancienne popemobile transformée en clinique mobile
Les popemobiles ne sont pas de simples objets permettant aux papes de saluer les foules. Certains véhicules, peu utilisés, ont déjà été reconvertis. C’est par exemple le cas d’une voiture utilisée par le pape François en 2014 lors d’une visite à Bethléem, devenue plus d’une décennie plus tard une clinique mobile — un projet mené par le Vatican et l’ONG catholique Caritas pour venir en aide aux enfants de la bande de Gaza.
Le projet, baptisé le « Véhicule de l’espoir », était l’une des demandes du pape François formulées juste avant sa mort. La popemobile utilisée, une Mitsubishi japonaise, avait initialement été offerte par le président palestinien Mahmoud Abbas. L’objectif de cette popemobile convertie était de traiter jusqu’à 200 patients par jour.
