Plus de 30 % des prothèses dentaires utilisées en France proviennent désormais de Chine, selon l’Union nationale des employeurs de prothésistes dentaires (UNPPD). Celle-ci a tiré la sonnette d’alarme mardi sur France Inter, en soulignant que cette évolution se fait au détriment des produits fabriqués en France.
Un déséquilibre réglementaire dénoncé
L’organisation pointe un écart de traitement marqué : les laboratoires français sont soumis à de strictes exigences de certification concernant la composition de leurs prothèses, tandis que les produits importés font l’objet de contrôles bien moins nombreux. La composition des prothèses fabriquées en Chine soulève donc de sérieuses questions, estime l’union, d’autant que ces dispositifs peuvent être remboursés par l’Assurance maladie dans le cadre du dispositif « 100 % Santé ».
« Ils n’iront jamais en Chine ouvrir les tiroirs »
« En France, on est inspectés par l’agence de sécurité du médicament, qui peut venir dans notre laboratoire et vérifier nos tiroirs pour voir si nos pots de résine céramique sont conformes à la loi — alors qu’ils n’iront jamais en Chine ouvrir les tiroirs d’un laboratoire chinois », a déclaré Laurent Munerot, président de l’UNPPD.
Des plafonds de prix qui poussent les dentistes à l’étranger
Depuis 2021, certains actes dentaires sont soumis à des plafonds tarifaires afin que les patients puissent recevoir des soins intégralement remboursés par l’Assurance maladie. Pour préserver leurs marges, les chirurgiens-dentistes se tournent de plus en plus vers des prothèses moins chères, a expliqué Patrick Soléra, président de la Fédération des syndicats dentaires libéraux.
« Concrètement, il n’y a que deux solutions : soit se tourner vers un laboratoire étranger, soit demander à son laboratoire français un effort financier sur ses tarifs pour qu’il puisse assumer son rôle », a-t-il indiqué. Mais la seconde option atteint ses limites. « Est-ce que les laboratoires français pourront baisser leurs prix, pour un prothésiste qui est un très bon client depuis des années ? » s’est interrogé M. Soléra. « Cela devient très compliqué », a-t-il reconnu.
Près de 1 000 laboratoires déjà fermés
Près de 1 000 laboratoires français de prothèses dentaires ont déjà cessé leur activité. Faute de mesures pour protéger la production nationale, la moitié des prothèses dentaires utilisées en France pourrait être importée de Chine d’ici 2030, avertit l’union.
