Plus de trois semaines après le début d’un mouvement de protestation étudiante réclamant davantage de moyens pour de meilleures conditions d’étude, les autorités françaises ont ouvert 36 enquêtes de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour des violences présumées depuis le début du mouvement, dont quatre cas impliquant des « mutilations », a annoncé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, mardi 13 octobre.
« Pour le reste, nous avons essentiellement affaire à des coups, des insultes et des soupçons d’agression sexuelle. Parmi les 36, il y a l’action contre le policier de Belfort qui est poursuivi pour tentative de meurtre », a poursuivi M. Nuñez.
Arrestations record et blessés en hausse
Le nombre record d’arrestations depuis le début du mouvement étudiant constitue également « une forme de violence policière », selon les critiques. Depuis le début des protestations étudiantes le 18 septembre, plus de 200 étudiants ont été blessés. Le ministre a rapporté mardi que « près de 900 » policiers et gendarmes avaient été blessés. Selon le ministère de l’Éducation nationale, 147 personnes de son côté ont été blessées.
Le policier soupçonné d’avoir tiré au LBD (lanceur de balles de défense) qui aurait aveuglé un étudiant à Tours fin septembre a été mis en examen pour « violences aggravées » et placé sous contrôle judiciaire, a annoncé le parquet.
Des incidents clés sous enquête
Parmi les enquêtes de l’IGPN sur les blessures subies par des étudiants, l’une concerne un policier filmé donnant un coup de genou au visage d’un manifestant le 9 octobre place de la Bastille à Paris.
Une autre porte sur un élève de 15 ans qui a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement dans des circonstances qui restent à déterminer lors d’une manifestation à Lens (Nord) le 5 octobre. L’enquête de l’IGPN doit établir si l’étudiant a ramassé la grenade, si celle-ci est tombée sur lui et si le tir était conforme aux règles. À la suite de ce grave incident, M. Nuñez a suspendu l’usage de ces grenades « pour le mouvement étudiant ».
Concernant l’affaire de Belfort, une enquête a été ouverte après une plainte déposée par un étudiant de 17 ans pour « tentative de meurtre » contre un policier et ses supérieurs. L’adolescent affirme que le policier lui a « maintenu la tête sous l’eau », selon le procureur de Vesoul Arnaud Grécourt. Les faits se sont déroulés en marge de son interpellation le 2 octobre, près du ruisseau de la Savoureuse, après que l’étudiant a été identifié comme ayant lancé des projectiles et incendié des poubelles.
L’incident du LBD à Tours conduit à une mise en examen
Le 30 septembre, Maël, un étudiant de 16 ans, a été aveuglé d’un œil à la suite d’incidents lors d’un blocage d’établissement à Tours. La famille avait annoncé son intention de déposer plainte pour « violences par une personne dépositaire de l’autorité publique ». Mardi 14 octobre, le parquet a annoncé qu’un policier avait été mis en examen pour « violences aggravées » et placé sous contrôle judiciaire.
La procureure de Tours, Catherine Sorita-Minard, avait indiqué après les examens médico-légaux que les lésions à l’œil de l’adolescent étaient « compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD ».
L’enquête de l’IGPN a révélé que « deux tirs de LBD ont été effectués à une minute d’intervalle par deux policiers », a détaillé la magistrate. Plusieurs juges d’instruction ont été désignés, et les deux policiers ayant utilisé le LBD ont été présentés aux magistrats en vue d’une éventuelle mise en examen pour « violences aggravées ». L’un a été mis en examen. L’autre a été placé sous le statut de témoin assisté.
Des éléments de l’enquête « mettent en évidence la concomitance du premier tir de LBD et de la blessure causée à l’œil » et « révèlent également des questions persistantes sur le respect des conditions imposées par la loi de nécessité absolue et de stricte proportionnalité pour l’usage du LBD », selon le communiqué. Les investigations se poursuivent.
Réactions du public et débat en cours
Les supporters du Paris Saint-Germain se sont mobilisés en soutien aux étudiants, bien que leur affichage ait été censuré. Par ailleurs, une pétition visant à « interdire les armes mutilantes dans les manifestations étudiantes » a dépassé un seuil symbolique de signatures.
