Le glamour et l’arme. Sur Instagram, le fil d’Anastasiia Lenna est un collage saisissant de la guerre moderne. Un instant, c’est un mannequin glamour en séance photo ; l’instant suivant, une soldate en tenue de combat, casquée et une arme à la main. Avec près de 200 000 abonnés, cette ancienne candidate à Miss Ukraine, qui a rejoint l’armée après l’invasion de 2022, documente une double réalité. Ses publications oscillent entre l’imagerie mise en scène d’une combattante et l’épuisement brut d’une mère de deux enfants, confrontée aux sirènes d’alerte aérienne et aux coupures de courant constantes. « Cette guerre ne prend pas tout d’un coup, écrit-elle. Elle tue l’espoir lentement. »
Documenter l’abri : L’humour comme arme. Quand les bombes sont tombées sur Chernihiv, Valeria Shashenok, 20 ans (« Valerisssh » sur TikTok), s’est réfugiée dans un bunker avec ses parents et son chien. Elle a commencé à documenter cette expérience surréaliste avec un humour noir. Ses vidéos, montrant la vie quotidienne dans un abri confiné, sont rapidement devenues virales, rassemblant plus de 1,2 million d’abonnés en trois semaines. Elle a d’abord posté en russe, espérant influencer l’opinion publique, mais est vite passée à l’anglais pour toucher un public mondial.
Aujourd’hui installée à Londres, elle réfléchit à sa naïveté initiale. « En Ukraine, nous pensions que les Russes pouvaient être arrêtés, que Poutine serait renversé… Aujourd’hui, je n’ai plus vraiment d’espoir », admet-elle. Malgré le coût psychologique, elle poursuit son combat numérique. « Certains se battent sur le territoire, en Ukraine. Je suis sur mon propre front : les réseaux sociaux. Cela semble ridicule, la façon dont je parle du conflit. Mais ça marche. » Pour elle, c’est un acte de patriotisme vital : « C’est mon pays. C’est ma maison. »
Le champ de bataille numérique et le front des collectes de fonds. La guerre en Ukraine se joue aussi en ligne, un affrontement de récits sur des plateformes comme TikTok, Instagram et X, où prolifère la désinformation. Des influenceuses comme Valeria constatent une augmentation des commentaires hostiles, souvent de ce qu’elles soupçonnent être des comptes bots russes. Pourtant, elles persistent à documenter, témoigner et argumenter pour façonner la perception mondiale.
Leur audience massive a également été mobilisée pour un soutien tangible. Des personnalités comme Elena Mandziuk, avec près d’un million d’abonnés, organisent régulièrement des collectes de fonds. Valeria a utilisé sa plateforme pour participer à des campagnes de financement, transformant sa visibilité virale en une aide financière cruciale pour sa patrie.
Une guerre d’usure, sur le terrain et en ligne. Quatre ans après, le choc initial a cédé la place à une guerre d’usure, tant sur le terrain que dans la sphère numérique. Les influenceurs qui documentaient les premières heures de l’invasion chroniquent désormais la tension persistante sur la vie civile et le moral. Leurs profils sur les réseaux sociaux ont évolué, passant de journaux de guerre spontanés à des canaux durables de plaidoyer, de témoignage et de résistance. Ils continuent de publier, mus par l’espoir inébranlable de voir un jour une Ukraine en paix, même s’ils documentent la lente érosion quotidienne de la normalité.
