Un décret exécutif récemment signé par l’ancien président Donald Trump, officiellement destiné à protéger la production nationale de l’herbicide Roundup, révèle un objectif stratégique plus profond : sécuriser l’approvisionnement de l’armée américaine en phosphore blanc, un produit chimique utilisé dans certaines munitions.
**Le lien industriel à double usage**
Le décret cite explicitement la production de phosphore élémentaire comme vitale pour la « préparation militaire et la défense nationale » des États-Unis. Ce produit chimique est utilisé pour fabriquer des munitions servant à créer des écrans de fumée, à marquer des cibles et à produire des effets incendiaires. De manière cruciale, le phosphore blanc est également un composant clé dans la production du glyphosate, la substance active du Roundup.
Aux États-Unis, une seule entreprise le produit : le conglomérat allemand Bayer. Depuis le rachat de Monsanto en 2018, Bayer exploite la seule installation américaine capable de produire du phosphore blanc, située dans l’Idaho. Cela crée une chaîne industrielle unique approvisionnant à la fois l’agriculture américaine et des capacités militaires spécifiques.
**Une chaîne d’approvisionnement vulnérable**
Selon des analyses, ce lien explique l’intervention de l’administration Trump. Si la production de glyphosate devait être arrêtée aux États-Unis en raison de pressions juridiques et publiques croissantes, le pays pourrait perdre sa principale source nationale de phosphore blanc pour l’armée.
Bayer fait face à des milliers de procès alléguant que le glyphosate cause le cancer, une classification soutenue par une agence de l’Organisation mondiale de la santé. La société a déjà payé des milliards en règlements. La pression continue risque d’amener Bayer à réduire ou abandonner la production nationale de Roundup — un scénario qui inquiète les planificateurs de la défense dépendants de l’approvisionnement conjoint en phosphore.
**La nature controversée du phosphore blanc**
Le phosphore blanc est hautement controversé. Il s’enflamme spontanément au contact de l’air, provoquant de graves brûlures qui continuent tant que les particules sont exposées à l’oxygène. Bien que non interdit au niveau international, son utilisation est illégale s’il est dirigé contre des civils ou dans des zones peuplées, soulevant d’importantes questions éthiques concernant son application militaire.
Ce décret exécutif souligne à quel point la politique de sécurité nationale peut être imbriquée avec la production chimique commerciale, priorisant le maintien d’une chaîne d’approvisionnement de défense critique, bien que contestée.
