Une vague de protestations traverse le système éducatif français, et les plus jeunes élèves en subissent les conséquences sans y prendre pleinement part. À Paris, où une vingtaine de cités scolaires réunissent collèges et lycées sous un même toit, les blocages des lycées pèsent lourdement sur les collégiens, certains ayant été privés de cours pendant près d’une semaine entière.
Une semaine sans classe à la cité scolaire Voltaire
À la cité scolaire Voltaire, dans l’est de Paris, la scolarité des élèves des petites classes a été fortement perturbée. Matthieu, professeur à l’université, venu vendredi matin déposer son fils Thomas, élève de sixième, estime que l’enfant a manqué au moins cinq jours de cours.
« La plupart du temps, je lisais, parfois je faisais mes devoirs parce que les professeurs nous donnaient des devoirs en plus, et parfois je jouais aux jeux vidéo », raconte Thomas à propos de son temps passé à la maison.
La situation s’est légèrement détendue vendredi, lorsque les lycéens ont accepté de laisser entrer les plus jeunes par une petite porte latérale, l’entrée principale restant barricadée avec des poubelles.
La solidarité des plus jeunes
Malgré la perturbation de leur propre scolarité, de nombreux collégiens expriment leur soutien à la cause des lycéens. Interrogés sur leur adhésion à la mobilisation, les élèves répondent avec enthousiasme.
« Oui, bien sûr ! », s’exclame un collégien. « Les lycéens ont de mauvaises conditions de travail, donc ils bloquent pour obtenir leurs droits ! »
Un autre élève résume la dimension générationnelle du mouvement : « C’est gentil, pour les générations après nous. »
Marie, dont la fille Suzon vient d’entrer en sixième, raconte que son enfant a même participé à une manifestation mardi avec une amie et les parents de celle-ci. Elle salue l’engagement de la jeune génération sur des questions qui façonneront son avenir.
« Je trouve ça formidable que la jeunesse d’aujourd’hui — qu’on dit complètement accro aux écrans et à TikTok — se mobilise pour son avenir et ses besoins », dit-elle. « Je trouve cela vraiment important. »
Des inquiétudes sur l’inégalité de traitement
Parents comme élèves s’inquiètent toutefois de l’écart de traitement selon les établissements. Les collégiens scolarisés dans des collèges autonomes ont continué à suivre les cours, tandis que ceux des cités scolaires mixtes ont été laissés de côté.
« Le problème, c’est qu’il y a une inégalité de traitement entre les collégiens qui ne sont pas dans des lycées et ceux qui sont dans des cités scolaires comme ici et qui n’ont pas accès aux cours », explique Marie. « Il ne devrait pas y avoir d’écart — il faut l’égalité pour tous. »
Pour certains des plus jeunes, les blocages ont aussi suscité de l’angoisse. Un collégien confie craindre que le bâtiment ne prenne feu, après avoir entendu des récits de lycées incendiés.
« J’avais peur qu’il y ait un incendie dans le collège », raconte l’élève. « On n’aurait pas pu aller à l’école ni changer d’établissement, donc ça m’aurait fait peur. »
Aucune issue en vue
Le calme relatif pourrait être de courte durée. Le personnel éducatif de toute la France — du primaire au collège — est appelé à la grève le mardi 13 octobre, pour une nouvelle journée d’action nationale.
Matthieu, qui soutient pleinement le mouvement, souligne que les revendications à l’origine des protestations ne sont pas nouvelles. « Ce sont des problèmes endémiques qui existent depuis des années », dit-il. « Les enseignants sont mal traités, notre bonne volonté est exploitée, et toutes ces réformes nous sont imposées et nous les appliquons. Personne ne demande l’avis des enseignants, alors que nous serions les mieux placés pour savoir ce qu’il faut mettre en place. »
Alors que la mobilisation se poursuit, les familles des cités scolaires parisiennes naviguent entre un équilibre délicat : soutenir un mouvement pour la réforme de l’éducation tout en faisant face aux coûts immédiats pour l’apprentissage de leurs enfants.
