Une vidéo montrant un policier en civil lançant une grenade lacrymogène lors d’une manifestation lycéenne à Reims a relancé un vif débat sur la légalité des interventions d’agents en civil lors de rassemblements, un eurodéputé de gauche accusant les autorités de provocation délibérée.
Les faits à Reims
La scène s’est déroulée le vendredi 2 octobre, dans le centre-ville de Reims, près de la gare, alors que des manifestations lycéennes traversaient les rues. Dans des images largement partagées sur les réseaux sociaux, un homme en tenue civile, le visage partiellement dissimulé, est vu lançant un projectile vers un groupe de manifestants.
Selon la préfecture, cet homme est un agent de la BAC — la brigade anti-criminalité — opérant en civil. Il a lancé une grenade lacrymogène vers les manifestants, une version corroborée par des témoignages recueillis sur place.
Anthony Smith, eurodéputé de La France Insoumise (LFI) présent lors de la manifestation, a interpellé l’agent face caméra. Réalisant qu’il était filmé, l’homme s’est éloigné. Smith a ensuite publié sur X : « Honte à ces actes de violence et de provocation policière. »
Ce que dit la loi française
La question juridique centrale est de savoir si un agent en civil peut légalement mener des opérations de maintien de l’ordre sans identification visible.
Olivier Cahn, professeur de droit pénal à l’université Paris-Nanterre, a expliqué que si un agent peut travailler sous couverture au sein d’une manifestation, les règles changent dès qu’il participe au maintien de l’ordre.
Un agent infiltré peut porter des vêtements civils lors d’opérations de surveillance. Toutefois, s’il commence à exercer des missions de maintien de l’ordre — comme le lancement d’une grenade lacrymogène — il doit afficher des signes visibles de son autorité.
Cela peut inclure des éléments d’uniforme ou, au minimum, un brassard sérigraphié « Police ». Les agents sont également tenus de faire figurer leur RIO, le numéro d’identification officiel des forces de l’ordre.
Sur les images de Reims, l’agent ne porte ni brassard visible ni numéro RIO.
Le parquet ne voit aucune infraction
Malgré ces exigences, le procureur de la République de Reims, contacté, n’a vu aucun problème dans le comportement de l’agent et a estimé que le cadre juridique avait été correctement respecté lors de l’intervention.
L’affaire met en lumière une tension persistante en France entre les besoins opérationnels de la police en civil et l’obligation légale pour les forces de l’ordre d’être identifiables lorsqu’elles exercent des prérogatives de maintien de l’ordre — une tension qui continue d’alimenter la controverse politique dans le contexte du mouvement de protestation lycéen à l’échelle nationale.
