La Maison Blanche a fait part publiquement de la profonde frustration du président Donald Trump face au manque de progrès pour mettre fin à la guerre en Ukraine, exprimant son exaspération envers Kyiv et Moscou. Dans une déclaration sans équivoque jeudi, la porte-parole Karoline Leavitt a affirmé que le président est « extrêmement frustré par les deux camps impliqués dans cette guerre, et il en a assez des réunions qui n’ont pas d’autre but que de se réunir. » Elle a insisté : « Il ne veut plus de discussions, il veut des actes. Il veut que cette guerre prenne fin. »
Cette impatience survient alors que les négociations se sont intensifiées suite à une proposition américaine déposée il y a près de trois semaines, intégrant des demandes majeures de Moscou. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé que Washington souhaite un accord « dès que possible. » Selon lui, les deux questions critiques restent le contrôle de la région orientale de Donetsk — épicentre des combats actuels — et le statut de la centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par la Russie.
Le plan américain, tel que décrit par Zelensky, prévoit que les forces ukrainiennes se retirent des parties de Donetsk qu’elles contrôlent encore, pour en faire une « zone économique libre » ou « zone démilitarisée. » En échange, les troupes russes se retireraient des zones qu’elles occupent dans les régions de Soumy, Kharkiv et Dnipropetrovsk, mais resteraient à Kherson et Zaporijjia. Les régions de Donetsk et de Louhansk, largement contrôlées par la Russie, restent un objectif primordial du Kremlin.
L’idée d’une zone démilitarisée dans des territoires que la Russie n’a pas pleinement conquis représenterait une concession majeure de Kyiv, sans aller jusqu’à un abandon formel. Zelensky a noté que les États-Unis n’ont pas précisé qui gouvernerait un tel territoire. Son conseiller, Mykhailo Podoliak, a semblé soutenir le concept, déclarant au Monde qu’une zone démilitarisée avec un contingent étranger serait un « format naturel pour mettre fin au conflit », reconnaissant qu’une partie du territoire resterait sous occupation russe de facto.
Zelensky a affirmé que toute résolution territoriale nécessiterait in fine une « élection » ou un « référendum » en Ukraine. Il avait précédemment indiqué sa volonté d’organiser un scrutin présidentiel si les États-Unis et les alliés européens pouvaient en garantir la sécurité.
La poussée diplomatique américaine coïncide avec une période difficile pour l’Ukraine. La présidence est secouée par un scandale de corruption majeur impliquant l’entourage de Zelensky, l’armée subit des revers sur le front et la population endure des pannes de courant généralisées dues aux frappes russes.
Sur le terrain, l’armée russe a annoncé jeudi la capture de Siversk dans le Donetsk, un verrou protégeant les grandes villes de Kramatorsk et Sloviansk. Le commandement militaire ukrainien a démenti la chute de la ville, signalant seulement que de petits groupes russes tentaient de s’y infiltrer.
« La semaine à venir sera décisive pour l’Ukraine », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, après une réunion des alliés de Kyiv. Au-delà des pourparlers de paix, les dirigeants européens se réuniront en sommet le 18 décembre pour discuter de l’utilisation potentielle des actifs russes gelés pour aider l’Ukraine. L’UE a déjà levé un obstacle majeur en rendant permanentes les sanctions contre Moscou qui permettent ces gels d’actifs.
Alors que la pression de Washington monte et que la réalité sur le champ de bataille évolue, le chemin pour mettre fin au plus grand conflit en Europe depuis des décennies semble semé de complexités diplomatiques et territoriales.