Le secteur du transport routier allemand traverse une crise de main-d’œuvre qui s’aggrave, avec jusqu’à 120 000 postes de chauffeurs non pourvus dans le pays. Cette pénurie accentue la pression sur un secteur déjà éprouvé par la hausse des coûts de carburant et le vieillissement de sa main-d’œuvre, et les dirigeants du secteur avertissent que les conséquences dépassent largement les frontières allemandes.
Les départs à la retraite plus nombreux que les recrutements
Selon l’Association fédérale allemande du transport routier, entre 30 000 et 35 000 chauffeurs devraient partir à la retraite cette année, alors que seulement 15 000 à 20 000 nouveaux conducteurs rejoignent la profession. Près de quatre chauffeurs sur dix en Allemagne ont plus de 55 ans, ce qui laisse le secteur dans l’incapacité de remplacer ceux qui quittent la route.
Le défi du recrutement reflète des préoccupations plus larges concernant les conditions de travail. Daniel, un chauffeur de 39 ans qui compte 17 ans de volant, affirme que ce métier a longtemps été une vocation pour lui, mais que les réalités de la profession ont fini par peser.
« Les salaires sont médiocres. Il faut payer, payer et encore payer, et le carburant est très cher », dit-il. « C’est beaucoup de stress, et cela nous prend tout notre temps. Du lundi au samedi, je suis sur la route, parfois deux semaines d’affilée. »
Il conclut : « Ce travail devient de moins en moins attractif. »
Des conséquences sur les chaînes d’approvisionnement
La pénurie affecte déjà la manière dont les entreprises allemandes gèrent leurs commandes. Dirk Engehlhardt, porte-parole de l’Association fédérale allemande du transport routier de marchandises, indique que de nombreuses entreprises membres signalent qu’elles ne peuvent plus honorer leurs commandes faute de chauffeurs.
« Nous devons trouver des solutions au niveau européen », avertit-il, en soulignant que le problème ne se limite pas à l’Allemagne.
« La pénurie de chauffeurs est un problème non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour toute la chaîne d’approvisionnement en Europe. Rien qu’en Allemagne, 85 % de tous les biens sont transportés par la route », déclare M. Engehlhardt.
Le secteur réclame de meilleures conditions
L’association appelle à des améliorations pour rendre la profession plus durable, notamment :
- Davantage de places de stationnement et d’installations sanitaires
- Des cabines de camion plus confortables
- Moins de formalités administratives
Alors que le prix du carburant pèse lourdement sur les entreprises de transport et qu’une grande partie de la main-d’œuvre approche de l’âge de la retraite, la pression sur le réseau logistique allemand — et par extension sur les chaînes d’approvisionnement européennes — ne devrait pas diminuer sans une action coordonnée.
