Le parquet français a requis mardi des peines de 27 et 20 ans de prison contre deux militants d’extrême droite accusés d’avoir abattu l’international argentin de rugby Federico Martín Aramburú dans une rue de Paris en mars 2022. L’avocat général Philippe Courroye a décrit les deux hommes comme un « tandem diabolique », animé par une fascination commune pour les armes et l’idéologie extrémiste.
Loïk Le Priol et Romain Bouvier sont jugés depuis deux semaines devant la cour d’assises de Paris. Tous deux encourent la peine maximale de la réclusion à perpétuité.
Le parquet dénonce une « dangerosité criminelle »
Dans son réquisitoire, Philippe Courroye a dénoncé ce qu’il a qualifié de « dangerosité criminelle » des deux accusés, poursuivis pour avoir tiré sur Federico Martín Aramburú à la suite d’une bagarre survenue au petit matin, après une nuit de forte consommation d’alcool dans la capitale française.
Le magistrat a retracé le long parcours des deux hommes dans les milieux d’extrême droite, relevant leur implication au sein du GUD — un syndicat étudiant d’extrême droite notoire — et leur « fascination » pour les armes. Il a indiqué à la cour que les enquêteurs avaient retrouvé en leur possession des objets et des symboles nazis.
À l’inverse, Philippe Courroye a brossé le portrait d’une victime présentée comme un « homme de bien » qui, à 42 ans, avait « toute la vie devant lui » — un fils, un mari, un frère et un ami « arraché » à ceux qui l’aimaient.
Les arguments de la défense sur la « peur » rejetés
Tout au long de son intervention, l’avocat général a systématiquement démonté les arguments de la défense selon lesquels les accusés auraient agi par « peur », en réponse à une « agression » ou par simple « réflexe » militaire.
Il a souligné que les accusés avaient poursuivi Federico Martín Aramburú en voiture et lui avaient tiré dans le dos alors qu’il s’éloignait avec son ami Shaun Hegarty, après s’être déjà séparé de l’altercation initiale.
« Rien ne tient debout » dans leurs versions des faits, a lancé Philippe Courroye.
C’est en raison de ce qu’il a décrit comme une « chronique annoncée » — une « issue qui ne pouvait être qu’implacable et irrémédiable » — que le magistrat a finalement requis 27 ans contre Loïk Le Priol, présenté comme l’auteur des tirs mortels dans le dos de la victime, et 20 ans contre Romain Bouvier, qui a tiré le premier.
Selon lui, les deux hommes ont « administré leur propre justice ».
Des peines également requises contre les complices présumés
Deux autres accusés font également l’objet de demandes de peine. Antony S., accusé d’avoir aidé les tireurs à échapper à leur arrestation, s’est vu requérir trois ans de prison, dont 24 mois avec sursis. Lyson R., présente avec le groupe la nuit du meurtre, fait l’objet d’une demande de trois ans, dont 12 mois avec sursis.
Verdict attendu vendredi
Les plaidoiries de la défense de Loïk Le Priol et de Romain Bouvier doivent débuter jeudi. La cour d’assises de Paris devrait rendre son verdict vendredi, clôturant une affaire qui a bouleversé le monde du rugby — particulièrement en Argentine et au Pays basque, où Federico Martín Aramburú vivait et avait remporté deux titres de champion de France avec Biarritz.
Le meurtre avait suscité une vague d’émotion dans tout le sport, l’équipe nationale argentine ayant rendu hommage à Federico Martín Aramburú avant le début du procès, tandis que des responsables du rugby français condamnaient ce qu’ils ont décrit comme un assassinat ancré dans l’idéologie d’extrême droite.
