Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) lance un appel urgent aux autorités koweïtiennes pour qu’elles libèrent le journaliste américano-koweïtien Ahmed Shihab-Eldin. Ce dernier est détenu depuis plus de six semaines sur la base d’accusations couramment utilisées pour réduire au silence les médias indépendants.
Shihab-Eldin, un collaborateur primé de médias tels que The New York Times et Al Jazeera English, n’a pas été vu en public depuis le 2 mars, alors qu’il rendait visite à sa famille au Koweït. Les autorités l’ont inculpé pour diffusion de fausses informations, atteinte à la sécurité nationale et usage abusif de son téléphone portable.
« Nous appelons le Koweït à libérer Ahmed Shihab-Eldin et à abandonner toutes les charges retenues contre lui », a déclaré Sara Qudah, directrice régionale du CPJ. « Le journalisme n’est pas un crime, et l’affaire Shihab-Eldin reflète une tendance plus large à utiliser les lois sur la sécurité nationale pour étouffer le scrutin et contrôler le récit. »
Sa détention coïncide avec une sévère répression de la liberté de la presse en période d’escalade militaire régionale dans le conflit impliquant l’Iran. Avant sa disparition, Shihab-Eldin avait commenté du matériel public lié à la guerre, notamment une vidéo géolocalisée et vérifiée par CNN montrant le crash d’un avion de chasse américain près d’une base au Koweït.
Le 2 mars, le ministère koweïtien de l’Intérieur a mis en garde contre le fait de filmer ou de publier des informations liées aux attaques iraniennes, annonçant plusieurs arrestations pour diffusion de « fausses nouvelles ». Le ministère de l’Information a depuis référé plusieurs dossiers au parquet.
Le paysage juridique pour les journalistes s’est considérablement durci le 15 mars avec la promulgation de la loi n°13 de 2026. Son article 26 prévoit des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 10 ans pour quiconque « diffuse des nouvelles, publie des déclarations ou répand de fausses rumeurs concernant les entités militaires » dans l’intention de saper la confiance du public.
D’autres reporters ont subi des pressions similaires. Yitzchak Horowitz, journaliste pour un journal ultra-orthodoxe, a rapporté avoir été arrêté au Koweït en mars sous suspicion d’espionnage après avoir photographié des navires de guerre américains. Il a été interrogé pendant des heures sur son identité et d’éventuels liens avec Israël avant d’être relâché.
Cette répression s’inscrit dans une tendance à la détérioration documentée par le CPJ. En 2025, l’organisation a soumis un rapport conjoint au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies détaillant la dégradation de l’environnement pour les journalistes et la liberté de la presse au Koweït, avant l’Examen périodique universel du pays.
L’ambassade du Koweït à Washington n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire du CPJ concernant l’affaire Shihab-Eldin.
