Mobilisation d’urgence face à la menace d’un lac de barrage instable
Pékin — Les autorités chinoises s’efforcent d’empêcher la rupture catastrophique d’un lac de barrage qui pourrait provoquer de nouvelles inondations dans la région frontalière déjà dévastée entre le Tibet et le Népal. L’effondrement glaciaire et les crues soudaines survenus cette semaine ont tué des centaines de personnes et laissé près de 1 000 disparus.
Le Népal et la Chine ont tous deux émis jeudi des alertes urgentes concernant deux lacs instables formés de part et d’autre de leur frontière himalayenne commune. Ces étendues d’eau, créées lorsque des glissements de terrain et des débris ont obstrué des vallées fluviales, menacent désormais de céder et d’envoyer des torrents d’eau en aval, vers des communautés encore sous le choc de la catastrophe de mercredi.
Relevés aériens et modélisation 3D déployés par les ingénieurs
Une équipe de huit ingénieurs chinois a été mobilisée pour effectuer des relevés aériens et construire des modèles tridimensionnels du lac de barrage le plus dangereux, situé près du poste frontière de Gyirong au Tibet, selon le radiodiffuseur d’État CCTV vendredi.
Chen Hanxiao, l’un des ingénieurs, a décrit les défis considérables auxquels l’équipe est confrontée.
« Après l’effondrement du glacier qui a créé le lac, de nombreuses falaises isolées et des parois abruptes sont apparues le long de celui-ci », a déclaré Chen à CCTV jeudi soir. Il a expliqué que l’approche standard pour réduire la menace consiste à creuser un canal de drainage à un point bas du barrage, mais que la largeur et la profondeur précises d’un tel canal nécessitent des calculs complexes basés sur les débits d’eau et la vitesse de remplissage du lac.
Un réservoir contenant jusqu’à 2 millions de mètres cubes d’eau
Les premières données de relevé ont révélé que le lac de barrage mesure environ 150 mètres de long et 40 à 50 mètres de profondeur, avec un réservoir contenant entre 1,5 et 2 millions de mètres cubes d’eau. Les tâches immédiates de l’équipe d’ingénieurs comprennent la surveillance continue du lac, la collecte de données sur le fond du lac et le suivi des conditions météorologiques pour les prochains jours.
La situation est aggravée par des précipitations persistantes. La zone du poste frontière de Gyirong a connu des pluies légères à modérées, qui ont ameubli et déstabilisé les sols et les roches autour de la zone précaire en amont. Les prévisions indiquent que la pluie se poursuivra au cours de la semaine à venir, augmentant encore le risque de rupture.
Un débit de pointe attendu autour du 1er septembre
Les autorités chinoises ont averti jeudi qu’environ 3 millions de mètres cubes d’eau — soit l’équivalent d’environ 1 200 piscines olympiques — devraient s’écouler dans le lac encore endigué au cours des trois prochains jours. Cet afflux crée un risque élevé de rupture, avec un débit de pointe anticipé autour du 1er septembre.
Des images aériennes capturées par une équipe de secours chinoise et diffusées par le média d’État CGTN ont montré des masses d’eau brune s’accumulant dans un bassin sans exutoire visible. Les images ont révélé que la montée des eaux avait déjà submergé des buissons et des arbres et semblait pousser contre une barrière de débris et de pierres.
Près de 1 000 disparus, dont 540 étrangers
Cette nouvelle menace d’inondation aggrave une situation humanitaire déjà désastreuse. Les autorités signalent que près de 1 000 personnes restent portées disparues des deux côtés de la frontière, dont jusqu’à 540 étrangers originaires de 31 pays. La catastrophe initiale, déclenchée par un effondrement glaciaire, a envoyé des murs d’eau et de débris déferler dans les vallées montagneuses, détruisant maisons, ponts et infrastructures.
Les opérations de secours et de récupération se poursuivent dans un terrain difficile et des conditions instables. La défaillance potentielle du lac de barrage pourrait gravement entraver ces efforts et mettre des vies supplémentaires en danger dans les communautés en aval.
Les autorités chinoises n’ont pas précisé de calendrier pour l’achèvement du creusement du canal de drainage, mais l’urgence de l’opération est évidente alors que les niveaux d’eau continuent de monter et que la date du débit de pointe du 1er septembre approche.
