Les risques insoupçonnés des photos de rentrée sur les réseaux sociaux
Votre fille semble ravie avec son tout nouveau cartable en partant à l’école, et votre fils est adorable en serrant sa boîte à déjeuner avec un large sourire. Mais avant de mettre en ligne cette photo de rentrée sur votre story Instagram ou votre fil Facebook, les experts recommandent de faire une pause et de réfléchir aux dangers cachés du « sharenting », cette pratique qui consiste pour les parents à partager les images de leurs enfants en ligne.
Si cela peut sembler être une façon anodine de célébrer une étape importante, publier des photos de vos enfants sur les plateformes sociales comporte des risques significatifs que de nombreux parents négligent.
La face sombre des photos publiques
Une fois qu’une image est publiée en ligne, « elle ne vous appartient plus vraiment », prévient e-Enfance, une association française de protection de l’enfance. Dans un guide publié avant la rentrée scolaire, l’association explique que les photos partagées publiquement peuvent être réutilisées sans consentement pour créer de faux profils ou alimenter des banques d’images, dont certaines servent des réseaux pédocriminels.
L’ampleur du problème est alarmante. Selon un rapport de la Fondation pour l’Enfance cité par e-Enfance, 50 % des images ou vidéos d’enfants échangées sur les forums pédocriminels ont été initialement publiées par leurs propres parents sur les réseaux sociaux.
Même configurer son profil en mode privé n’est pas une défense infaillible. La Cnil, l’autorité française de protection des données, met en garde : des utilisateurs malveillants peuvent toujours obtenir des photos si l’un de vos contacts les a partagées publiquement ou avec d’autres « amis ».
Emojis et intelligence artificielle : de nouvelles couches de risque
Certains parents tentent de réduire le risque en masquant le visage de leur enfant avec un emoji. Mais Lisa Ventura, spécialiste en cybersécurité, prévient que cette approche est insuffisante. « Même avec un visage masqué, vous partagez une quantité massive d’informations », a-t-elle déclaré au journal The Independent. Cela inclut l’âge approximatif de l’enfant, la localisation de l’école, l’emploi du temps quotidien et les centres d’intérêt personnels. Combinés à d’autres photos et détails présents sur votre profil, ces fragments peuvent exposer la vie privée de votre famille.
L’essor de l’intelligence artificielle ajoute une autre dimension préoccupante. La Cnil souligne que l’IA a facilité la création de deepfakes, des images modifiées numériquement qui peuvent, par exemple, déshabiller des mineurs à partir de photos trouvées sur les réseaux sociaux. De tels contenus sont extrêmement difficiles, voire impossibles, à faire retirer une fois qu’ils circulent.
Les précautions pratiques avant de publier
Avant d’appuyer sur « envoyer », les experts recommandent une série de mesures de protection. La Cnil conseille d’éviter de partager les images de votre enfant avec tous vos abonnés lorsque vous pouvez les envoyer en privé à la famille proche et aux amis, via un groupe WhatsApp, une conversation Messenger ou un album cloud partagé. e-Enfance suggère même de revenir aux albums photo imprimés comme alternative sécurisée.
Si vous choisissez malgré tout de partager en ligne, e-Enfance exhorte les parents à éviter les photos montrant le visage de l’enfant, son nom, son uniforme scolaire ou des lieux identifiables. De plus, ne publiez jamais d’images où un enfant apparaît gêné, vulnérable ou dans une situation intime. Un moment de larmes devant le portail de l’école peut sembler touchant aujourd’hui, mais il pourrait devenir une source de honte plus tard. La même prudence s’applique aux photos en maillot de bain dans votre récapitulatif de vacances.
Respecter les droits de votre enfant
La loi française renforce désormais la nécessité du consentement. La Cnil souligne qu’avant de publier une photo ou une vidéo de votre enfant, vous devez en discuter avec lui et obtenir son accord, selon son niveau de maturité. Une loi adoptée le 19 février 2024, visant à protéger le droit à l’image des enfants, consacre ce principe. Elle réaffirme également que les parents doivent protéger la vie privée de leur enfant, y compris son droit de contrôler sa propre image. En cas de désaccord parental, un juge aux affaires familiales peut intervenir.
Même après la publication de photos, il n’est pas trop tard pour réduire l’exposition. La Cnil recommande de vérifier régulièrement votre liste d’abonnés pour éviter d’être suivis par des inconnus et d’utiliser des applications permettant des groupes restreints pour un partage plus intime.
Pour une règle simple, Lisa Ventura propose une comparaison frappante : « Si vous ne donneriez pas une copie physique de cette photo à un inconnu dans la rue, ne la publiez pas en ligne. »
