Un diagnostic inattendu pour un patient de Seine-Saint-Denis
Patrick, un homme d’une soixantaine d’années, avait d’abord pris ses symptômes pour une simple grippe. « Oh, je pensais que ça allait passer », se souvient-il. Mais lors d’une journée d’été en 2025, son voisin, constatant son état alarmant, l’a conduit en urgence à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Sur place, les médecins ont réalisé une batterie d’examens, dont une ponction lombaire. Patrick a passé une semaine en soins intensifs et a perdu six kilos.
Le responsable était le virus du Nil occidental, un agent pathogène transmis par les moustiques et nommé d’après le district de West Nile, en Ouganda, où il a été isolé pour la première fois en 1937. Longtemps cantonné aux régions tropicales et subtropicales, ce virus est désormais de plus en plus présent en France. « Je n’en avais jamais entendu parler, confie Patrick. J’ai appris plus tard que j’étais le premier cas au nord de la Loire. »
Une émergence rare mais préoccupante
Peu après le diagnostic de Patrick, un second patient, âgé de 25 ans, a été admis à l’hôpital Delafontaine pour le même virus. Le Dr Marion Parisey, qui a traité les deux patients, indique que l’équipe médicale étudie d’éventuels facteurs prédisposants, notamment génétiques, tout en soulignant que le virus peut toucher n’importe qui. « Nous cherchons à déterminer s’il existe des vulnérabilités spécifiques, mais c’est un virus qui ne discrimine pas », explique-t-elle.
Le virus du Nil occidental se transmet principalement par la piqûre de moustiques Culex pipiens infectés, communément appelés moustiques domestiques. Ces moustiques deviennent porteurs après s’être nourris sur des oiseaux hébergeant le virus. Si la plupart des personnes infectées ne présentent aucun symptôme, environ une sur cinq développe de la fièvre, des maux de tête, des courbatures ou une éruption cutanée. Dans de rares cas, moins de 1 %, le virus peut provoquer une atteinte neurologique grave, comme une encéphalite ou une méningite, pouvant être mortelle.
Une géographie du virus en pleine mutation
Historiquement, les cas de virus du Nil occidental en France étaient concentrés dans la région méditerranéenne, notamment autour de la Camargue et de la Côte d’Azur. Cependant, le changement climatique et l’extension de l’aire de répartition du moustique Culex ont poussé le virus vers le nord. La détection de cas en Seine-Saint-Denis, au nord de Paris et bien au-dessus de la Loire, marque un tournant significatif dans l’épidémiologie de ce virus.
Les autorités sanitaires surveillent depuis des années la propagation du virus du Nil occidental en Europe. Des foyers ont été signalés en Italie, en Grèce et en Espagne, avec des cas sporadiques en Allemagne et aux Pays-Bas. La première grande épidémie en France est survenue en 1962 en Camargue, et depuis, des cas ont été rapportés de manière intermittente dans le sud. L’apparition du virus en région parisienne suggère que les conditions écologiques nécessaires à la transmission — moustiques vecteurs, oiseaux réservoirs et températures élevées — sont désormais réunies sous des latitudes plus septentrionales.
Prévention et sensibilisation
Il n’existe ni vaccin ni traitement antiviral spécifique contre le virus du Nil occidental. La prise en charge repose sur des soins de soutien, en particulier pour les formes graves nécessitant une hospitalisation. La prévention passe par la réduction de l’exposition aux moustiques : utilisation de répulsifs, port de vêtements longs à l’aube et au crépuscule, et élimination des eaux stagnantes où les moustiques se reproduisent.
Pour Patrick, cette expérience a été un électrochoc. « Je n’aurais jamais imaginé qu’une piqûre de moustique puisse m’envoyer en soins intensifs, dit-il. Les gens doivent savoir que ce virus est là maintenant. »
Les autorités sanitaires appellent les cliniciens de toute la France à envisager le virus du Nil occidental chez les patients présentant une fièvre inexpliquée et des symptômes neurologiques, en particulier pendant l’été et au début de l’automne. Une surveillance renforcée et des mesures de lutte contre les moustiques sont en cours dans les zones touchées afin de limiter la transmission.
