Yann LeCun, chercheur en intelligence artificielle lauréat du prix Turing et ancien cadre de Meta, se lance dans une nouvelle aventure ambitieuse. Sa startup, AMI, a annoncé une levée de fonds monumentale de 1 milliard de dollars (890 millions d’euros) pour développer une intelligence artificielle capable de comprendre le monde physique.
La confiance des investisseurs et la structure
Ce tour de table a été mené par cinq fonds d’investissement et a attiré des soutiens corporatifs majeurs comme Toyota, Nvidia et Samsung. Des personnalités de la tech telles que l’ancien PDG de Google Eric Schmidt et le fondateur d’Amazon Jeff Bezos y ont également participé. Avant cette levée, AMI était valorisée à 3 milliards d’euros. La société est dirigée par le PDG Alexandre Lebrun, ancien dirigeant de la startup française de health-tech Nabla, Yann LeCun occupant le poste de président non exécutif.
« Quand une entreprise dépasse le milliard de valorisation, on l’appelle une licorne. Nous dépassons les trois milliards, nous sommes donc un tricératops », a déclaré Yann LeCun dans une interview, soulignant ainsi la valorisation significative de la startup.
Construire des « modèles du monde » pour la compréhension physique
La mission centrale d’AMI est de développer des « modèles du monde », une approche différente des grands modèles de langage (LLM) à l’origine de chatbots comme ChatGPT. Ces systèmes visent à comprendre et à prédire des processus physiques complexes.
« L’objectif est de comprendre comment le monde fonctionne, à la manière des animaux et des humains », a expliqué Yann LeCun. Les premières applications pourraient inclure l’analyse de moteurs à réaction, de centrales électriques ou de la physiologie des patients, avec des déploiements commerciaux attendus relativement prochainement.
Feuille de route : de la R&D aux systèmes universels
La société, dont le siège est à Paris avec des bureaux à New York, Montréal et Singapour, prévoit une expansion rapide. Yann LeCun a indiqué que l’équipe passera à 20-30 personnes dans un futur immédiat.
La feuille de route de développement est claire :
Année 1 : Se concentrer sur la recherche et le développement fondamentaux.
Année 2 : Commencer à travailler sur des applications industrielles spécifiques avec des partenaires.
3 à 5 ans : Développer des « systèmes intelligents quelque peu universels » pour des applications comme la conduite autonome et la robotique.
Considérations éthiques et rôle sociétal
Yann LeCun a abordé le débat crucial sur l’éthique de l’IA, en particulier les applications militaires – un point de discorde parmi les firmes américaines d’IA. Il a insisté sur la nécessité de fixer des limites claires.
« Il y a des choses que nous devons nous interdire de faire », a-t-il affirmé. « En fin de compte, la décision concernant le meilleur usage de l’IA pour la société ne devrait pas être entre les mains de quelqu’un comme moi ou mes collègues. C’est à la société et à ses institutions démocratiques de décider. »
Ce financement marque une étape significative pour Yann LeCun et ses cofondateurs alors qu’ils passent de la recherche fondamentale chez Meta à la construction de systèmes d’IA appliqués conçus pour interagir avec et comprendre le monde réel.
