Un léger reflux estival des inscriptions des jeunes à Pôle emploi ne doit pas masquer l’intensité d’une bataille politique qui s’envenime. Le Medef, le patronat français, a mis le feu aux poudres en proposant un assouplissement du droit du travail pour les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEETs). La CGT a immédiatement condamné une « déclaration de guerre ». Ce choc frontal oblige à regarder en face l’échec persistant de la France à intégrer sa jeunesse dans le monde du travail.
**La Proposition du Medef : Un CDI « Flexible » et un Salaire Dérogeant au SMIC**
Les cibles de ces propositions sont les quelque 1,3 million de jeunes NEETs, un groupe hétérogène souvent durablement éloigné de l’emploi. Le Medef avance deux idées principales. La première est la création d’un contrat à durée indéterminée (CDI) plus flexible pour les jeunes difficiles à placer, avec une période d’essai allongée et des droits progressifs, s’inspirant des réformes menées en Italie sous l’ancien Premier ministre Matteo Renzi. La seconde concerne un régime dérogatoire autorisant une rémunération inférieure au salaire minimum national (SMIC), en contrepartie d’une formation obligatoire dispensée par l’employeur.
**Le Rejet Féroce de la CGT : « Un CPE Déguisé »**
Pour la CGT, ces propositions sont des échecs recyclés. Le syndicat assimile le plan à un « CPE déguisé », en référence au Contrat Première Embauche porté par Dominique de Villepin en 2006, finalement retiré après d’immenses manifestations. Il rappelle également un contrat d’insertion professionnelle de 1993 rapidement abandonné. Le syndicat estime que de tels mécanismes affaiblissent in fine les protections des jeunes travailleurs au nom de l’employabilité.
**Le Contraste Européen : Réformes et Résultats**
Alors que le débat semble familier en France, il a été tranché il y a des années dans plusieurs nations européennes, avec des résultats visibles. Les réformes du marché du travail en Italie ont contribué à une hausse des embauches en CDI chez les jeunes et à une baisse structurelle du chômage d’environ cinq points entre 2015 et 2025. L’Allemagne (réformes Hartz), le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont tous opté pour des marchés du travail plus ouverts, acceptant certains compromis.
La comparaison avec la France est saisissante. Le taux d’emploi des 15-24 ans n’y est que de 35 %, contre 51 % en Allemagne et 75 % aux Pays-Bas. Le chômage des jeunes s’établit à 18,5 %, bien au-dessus de la moyenne européenne (14,4 %) et du taux allemand d’environ 6 %. La France compte aussi l’une des proportions de jeunes NEETs les plus élevées d’Europe.
**Une Stagnation Économique Plus Large**
La problématique dépasse les seuls types de contrat et touche au dynamisme même de l’économie française. La création de richesse est liée au volume de travail effectué. En moyenne, les Français travaillent environ 100 heures de moins par an que les Allemands ou les Britanniques, et près de 300 heures de moins que les Américains. Cet écart ne vient pas de la durée hebdomadaire mais du faible taux d’emploi.
En substance, la France emploie moins de jeunes et moins de seniors que la plupart de ses pairs. Avec la récente réforme des retraites gelée, le dossier de l’emploi des jeunes reste ouvert – et il est abordé avec une prudence toujours de mise.
**Le Paradoxe de la Protection**
Le marché du travail français, conçu pour protéger les emplois existants, en a rendu l’accès excessivement difficile. Ce choix politiquement confortable à court terme produit des conséquences de long terme : un chômage juvénile élevé, une intégration retardée et une croissance chroniquement affaiblie. Tandis que l’Europe avance, le débat français sur sa jeunesse reste pris entre la crainte de la précarité et le coût de l’inertie économique.
