Pour la première fois depuis l’incendie du Réveillon de l’an dernier dans leur bar suisse, qui a coûté la vie à 41 personnes et en a blessé 115, les propriétaires français du Constellation à Crans-Montana se sont adressés directement à leurs employés. Dans une lettre de deux pages, Jacques et Jessica Moretti rompent ce qu’ils nomment un « silence imposé » pour exprimer leur chagrin, défendre leurs actions et tenter de renouer le dialogue avec leur équipe.
Une tentative d’« apaiser votre douleur »
La lettre, signée « Jessica et Jacques », s’ouvre sur des mots de compassion. « Nous décidons aujourd’hui de suspendre le silence qui nous était imposé, le temps de cette lettre », écrivent-ils, expliquant que leur mutisme antérieur était dû à l’enquête en cours. « Ce silence a été infiniment lourd et douloureux », assurent-ils à leurs « chers employés ».
Le couple adresse une pensée aux membres du personnel disparus dans les flammes, citant la serveuse Cyane, l’agent de sécurité Stephan et le DJ Mateo. « Nous pleurons aussi ceux qui ne sont plus là, avec une immense tristesse », indique la lettre.
Répondre aux accusations et éviter tout transfert de responsabilité
Cette communication intervient après une semaine de récriminations publiques. Certains employés ont donné des interviews télévisées, étayées par des vidéos et enregistrements, alléguant que les Moretti privilégiaient les profits à la sécurité au Constellation. Ces déclarations faisaient suite aux affirmations de Jacques Moretti lors d’une audition judiciaire, selon lesquelles le personnel connaissait les protocoles de sécurité mais n’avait pas correctement appliqué les consignes d’évacuation.
Dans la lettre, le ton change notablement. « Vous étiez nos protégés et vous l’êtes toujours. Nous portons cette responsabilité sans chercher en aucune manière à la reporter sur vous. Pas un instant nous n’avons pu imaginer une telle tragédie », écrivent-ils. « Depuis le 1er janvier, nous incarnons le malheur qui frappe Le Constellation. »
Ils répondent également aux soupçons des avocats des victimes concernant une éventuelle collusion ou altération de preuves, soupçons qui n’ont pas été cités par les autorités comme motif de la détention initiale de 14 jours de Jacques Moretti.
Dénoncer les « blessures infinies » causées par les « mensonges » des médias
Les gérants du bar expriment leur amertume face à la couverture médiatique. « Nous avons été infiniment blessés par nombre de calomnies répandues », dénoncent-ils, réfutant spécifiquement un reportage d’un média italien affirmant que Jessica Moretti avait fui le bar en flammes avec la caisse enregistreuse. « L’une des plus ignobles fut la fuite immédiate du lieu avec la caisse sous le bras, alors que nous étions là, face au chaos, terrifiés par ces scènes de guerre durant cette nuit d’horreur, à essayer de porter secours, notamment à certains d’entre vous », peut-on lire.
Ils affirment leur coopération continue avec l’enquête : « Nous continuerons à collaborer avec rigueur et à répondre à toutes les questions du mieux que nous pouvons. »
Régler les salaires impayés et une promesse de soutien
Enfin, les Moretti répondent à une doléance pratique du personnel : le paiement des salaires. Ils affirment que les virements ont été lancés le 6 janvier 2026, mais que tous leurs comptes professionnels et personnels ont été gelés. Ils expriment l’espoir que le procureur autorisera un déblocage partiel de fonds pour ces paiements urgents et fournissent un canal pour que les employés transmettent leurs coordonnées bancaires via leurs avocats.
La lettre se conclut par une promesse : « Nous ne vous abandonnerons pas. Nous sommes liés par ce même destin et nous ferons tout pour vous soutenir. » Le couple doit être entendu à nouveau par les autorités suisses les 11 et 12 février.
