Dans un revirement marqué, le président Donald Trump a déclaré samedi qu’il ne souhaitait pas que les forces kurdes lancent une offensive contre l’Iran, contredisant directement des commentaires favorables émis seulement quelques jours plus tôt. Ce changement souligne l’approche volatile et complexe des États-Unis face au conflit en cours et à l’utilisation stratégique de forces proxy dans la région.
Un revirement rapide sur l’implication kurde
« Je ne veux pas que les Kurdes y aillent », a déclaré le président Trump à des journalistes à bord d’Air Force One, ajoutant : « Nous avons une relation très amicale avec les Kurdes, vous savez, mais nous ne voulons pas rendre cette guerre plus compliquée qu’elle ne l’est déjà. » Cette position s’oppose directement à son affirmation lors d’un entretien jeudi avec Reuters, où il disait être « absolument pour » une offensive des milices kurdes iraniennes contre le gouvernement de Téhéran.
L’alerte régionale et la « carte kurde »
Les remarques initiales avaient provoqué une inquiétude immédiate de la Turquie, un allié de l’OTAN. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, avait mis en garde contre toute tentative de « déclencher une guerre civile en Iran en instrumentalisant les divisions ethniques ou religieuses », la qualifiant de « scénario extrêmement dangereux ». Les analystes suggèrent que les États-Unis et Israël pourraient être tentés d’exploiter les tensions ethniques internes de l’Iran, notamment en s’appuyant sur les groupes kurdes, pour faire pression sur la République islamique. Le peuple kurde, apatride et réparti entre la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran, est un allié de longue date des États-Unis.
Démentis et réalités sur le terrain
Alors que des médias américains évoquaient des plans pour armer des milices kurdes afin de fomenter un soulèvement, la Maison Blanche a nié de telles opérations. La porte-parole Karoline Leavitt a toutefois confirmé que le Président avait « parlé avec des dirigeants kurdes » au sujet d’une base militaire américaine dans le nord de l’Irak. Les experts notent que les combattants kurdes attirent Washington en tant que « faction la plus organisée du mouvement d’opposition iranien au sens large », selon le chercheur Mohammed Salih.
Calculs stratégiques et risques inhérents
« Compte tenu de l’orientation des opérations en Iran, les États-Unis et Israël auront vraiment besoin d’une présence armée sur le terrain, étant donné qu’ils n’ont pas l’intention d’envoyer leurs propres troupes », a estimé Salih. Certains stratèges voient un potentiel pour que les forces kurdes agissent à l’image de l’Alliance du Nord lors de la guerre en Afghanistan de 2001, en créant une zone pour les forces spéciales américaines. Cependant, des observateurs avertissent que miser sur des groupes ethniques risque de déclencher des conflits internes en Iran et pourrait compliquer la stabilité à long terme, d’autant que certaines coalitions kurdes recherchent ouvertement l’autodétermination parallèlement à un changement de régime.
