La France a obtenu l’extradition d’un suspect majeur dans l’enquête sur l’attentat antisémite de la rue des Rosiers en 1982. L’Autorité palestinienne a remis à la justice française Mahmoud al-Adra, également connu sous le nom de Hicham Harb, l’homme présumé avoir supervisé l’attaque qui avait fait six morts à Paris. Cette extradition, confirmée par les autorités françaises jeudi, marque un tournant décisif dans l’une des plus longues enquêtes antiterroristes du pays.
**Une traque de plusieurs décennies aboutit**
Hicham Harb, aujourd’hui âgé de 72 ans, a été remis aux autorités judiciaires françaises. Son avocat, Ammar Dweik, et son fils, Bilal al-Adra, ont confirmé le transfert à l’AFP. Ce dernier a indiqué avoir reçu un appel émouvant de son père jeudi matin l’informant de sa remise. Cette extradition fait suite à l’arrestation de Harb par les autorités palestiniennes en septembre 2025.
Le président français Emmanuel Macron a salué cette décision. L’Élysée a publié un communiqué remerciant les autorités palestiniennes, notant que leur coopération « témoigne de leur engagement dans la lutte contre le terrorisme, comme le président Abbas s’y était engagé auprès du président français ». Cette avancée diplomatique est liée à la reconnaissance par la France de l’État de Palestine, un cadre que le président Abbas avait cité fin 2025 comme favorable à la demande d’extradition française.
**Procédures judiciaires et objections de la famille**
L’extradition a fait face à des recours de dernière minute. Selon le fils de Harb, un tribunal administratif palestinien a rejeté mardi une requête urgente de leur avocat visant à suspendre l’extradition, sans fournir de motivation. La famille condamne ce transfert qu’elle qualifie « d’illégal ».
L’avocat Ammar Dweik a soutenu que l’extradition « constitue une violation grave de la loi fondamentale palestinienne et un précédent dangereux ». La famille a exprimé ses craintes quant au droit de Harb à un procès équitable et s’inquiète pour son état de santé, précisant qu’il souffre d’un cancer et de troubles neurologiques.
**La voie vers un procès tant attendu**
Ce développement lève un obstacle majeur pour un procès qui se fait attendre depuis des décennies. En février, la Cour de cassation française, plus haute juridiction judiciaire, avait confirmé qu’un procès aurait bien lieu pour l’attentat de la rue des Rosiers. Le procès avait été contesté par deux autres accusés : Abou Zayed, un Norvégien d’origine palestinienne considéré comme l’un des tireurs, détenu en France depuis 2020, et Hazza Taha, né en Cisjordanie et soupçonné d’avoir caché des armes à l’époque, qui est actuellement sous contrôle judiciaire en France. Harb est l’un des quatre autres suspects faisant l’objet d’un mandat d’arrêt dans cette affaire.
**L’attentat de 1982 et les charges internationales**
Le 9 août 1982, un commando de trois à cinq hommes avait attaqué le quartier juif du Marais à Paris. L’assaut avait commencé par l’explosion d’une grenade au restaurant Jo Goldenberg, suivie d’une fusillade, tuant six personnes et en blessant 22. L’attentat avait été attribué au Conseil révolutionnaire de Fatah (Fatah-CR), un groupe palestinien dissident dirigé par Abou Nidal.
Hicham Harb est également recherché en vertu d’un mandat d’arrêt allemand émis en 1988 pour un attentat à l’aéroport de Francfort en 1985, et fait l’objet d’une enquête des autorités italiennes pour un attentat contre une synagogue à Rome en 1982.
