La mégalopole pakistanaise de Karachi est aux prises avec une crise des incendies dévastatrice. Les registres officiels font état de plus de 2 400 sinistres déclarés pour la seule année 2025. Cette fréquence alarmante souligne des échecs persistants dans l’application des normes de sécurité incendie, la préparation aux urgences et l’imputation des responsabilités au sein des institutions de la ville.
Un cycle prévisible de catastrophe et de déni
La responsabilité principale de la lutte contre les incendies incombe à la Brigade des pompiers de la Karachi Metropolitan Corporation, appuyée par Rescue 1122 et, pour les incidents majeurs, par des agences comme la Karachi Port Trust et la Marine pakistanaise. Malgré cette implication multi-départementale, un schéma tragique et prévisible suit chaque grand incendie. Les allégations de retard dans l’intervention des pompiers sont systématiquement confrontées à des dénis et des mises à distance officielles. Le récit se conclut typiquement par la formation d’un comité d’enquête, l’enregistrement d’une plainte policière (FIR) et des promises d’actions fermes, pourtant une responsabilité tangible reste absente.
La tragédie de Gul Plaza et une décennie de dévastation
Le récent incendie de Gul Plaza sur MA Jinnah Road compte parmi les sinistres les plus dévastateurs de la dernière décennie à Karachi. Le feu, qui s’est déclaré le 20 janvier 2026, a englouti l’immeuble et a nécessité 39 heures pour être maîtrisé. À ce jour, 28 corps ont été récupérés et les recherches se poursuivent pour plus de 70 personnes portées disparues, plongeant les familles dans l’angoisse.
Cet enfer n’est pas isolé. Karachi a été le théâtre de nombreux incendies majeurs au cours des dix dernières années :
– Décembre 2023 : L’incendie d’Arshi Shopping Mall a tué quatre personnes.
– Novembre 2023 : Le feu de RJ Shopping Mall a coûté la vie à 11 personnes.
– Avril 2023 : Un incendie dans une usine de New Karachi a tué quatre pompiers lors d’un effondrement.
– 2021 : Un incendie dans une usine de Korangi a entraîné la mort de 16 ouvriers.
– 2015 : L’incendie du Regent Plaza a fait 11 morts.
– 2012 : L’incident le plus meurtrier dans une usine de Baldia Town a coûté la vie à 259 personnes.
Chaque tragédie a suscité des promesses officielles pour un renforcement de la sécurité, pourtant un autre incendie majeur a inévitablement suivi, soulevant de sérieuses questions sur l’efficacité de ces mesures.
Des lacunes critiques et un manque de responsabilité
Les experts soulignent des défauts opérationnels critiques, notamment une dépendance excessive à l’eau au lieu de la mousse ignifuge essentielle pour les feux de matériaux inflammables. De plus, la responsabilité dépasse rarement les acteurs privés. Alors que les propriétaires d’immeubles ou le personnel peuvent être nommés dans les dossiers, les institutions gouvernementales—y compris la brigade des pompiers, les administrations locales et le Sindh Building Control Authority responsable des approbations et des inspections—subissent peu ou pas de conséquences légales ou administratives.
Les responsables des pompiers révèlent un déficit infrastructurel frappant : Karachi, avec une population estimée à 35 millions d’habitants, n’est desservie que par 28 casernes de pompiers, un nombre largement considéré comme très insuffisant.
Un appel à une réforme structurelle
Les données montrent une constance troublante, avec le plus grand nombre d’incidents en octobre (278), novembre (265) et mars (256). Les experts avertissent que sans réformes structurelles urgentes—incluant des techniques de lutte contre l’incendie modernes, des systèmes à base de mousse, une application stricte des lois sur la sécurité et une responsabilité réelle pour les entités privées et gouvernementales—Karachi continuera de brûler tandis que les promesses officielles resteront confinées aux rapports et aux communiqués de presse. La crise des incendies de la ville est un témoignage criant d’un échec systémique, exigeant une action immédiate et globale pour prévenir de nouvelles pertes en vies humaines et en biens.
