L’application DeepSeek AI Confronte des Inquiétudes de Sécurité Mondiale Face aux Tensions Géopolitiques

L'application DeepSeek AI Confronte des Inquiétudes de Sécurité Mondiale Face aux Tensions Géopolitiques

L’application d’intelligence artificielle récemment lancée, DeepSeek, développée par une start-up chinoise, rencontre une opposition significative à l’échelle mondiale. Plusieurs pays ont soit interdit soit critiqué l’application en raison de préoccupations croissantes concernant la confidentialité des données et les vulnérabilités de cybersécurité, soulignant des tensions géopolitiques et économiques plus larges entourant les technologies d’intelligence artificielle.

L’Italie a été la première à agir, avec son autorité de protection des données suspendant les opérations de DeepSeek peu après son lancement, invoquant des risques potentiels pour les données personnelles des utilisateurs. Des préoccupations similaires ont poussé Taïwan, l’Australie et certaines institutions sud-coréennes à restreindre l’utilisation de DeepSeek parmi leurs responsables. En Corée du Sud, l’application a été retirée des magasins d’applications plus tôt cette semaine.

Ces mesures sont principalement motivées par la crainte que l’application puisse exposer des données utilisateur sensibles au gouvernement chinois, en raison de failles de cybersécurité signalées. L’entreprise américaine Wiz a identifié des fuites de données potentielles pouvant faciliter les cyberattaques ou la vente illicite d’informations sur le dark web. Les conditions d’utilisation de DeepSeek accentuent ces préoccupations en permettant la transmission de données utilisateur, stockées sur des serveurs chinois et donc soumises à la réglementation chinoise. L’application enregistre toutes les interactions, même les frappes au clavier non soumises en tant que requêtes, suscitant des inquiétudes en matière de confidentialité.

En revanche, ChatGPT d’OpenAI, un agent conversationnel américain de premier plan, partage également des données utilisateur avec des tiers, mais n’a pas fait face à des niveaux de surveillance similaires. Cette disparité a conduit certains à suggérer que la réaction contre DeepSeek pourrait également être une manœuvre stratégique des pays occidentaux pour protéger leurs intérêts dans le secteur très concurrentiel de l’IA. « L’aspect géopolitique ne peut être ignoré », a déclaré Rémi Bourgeot, économiste et chercheur à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (Iris).

Les enjeux géopolitiques et économiques sont élevés, les nations occidentales pouvant potentiellement s’engager dans une « critique de la Chine » pour saper des concurrents comme DeepSeek. Une surveillance similaire a été dirigée vers d’autres technologies chinoises, telles que TikTok, qui a fait face à des restrictions aux États-Unis et en Europe. « Les pays occidentaux ont un intérêt stratégique à contester la domination technologique chinoise », a expliqué Camille Boulengueur, experte en géopolitique numérique à l’Iris.

Malgré ces manœuvres géopolitiques, l’Europe doit également rester vigilante quant à l’influence américaine. Comme le note Bourgeot, les développements européens s’alignent souvent sur les réseaux de distribution américains, ce qui peut conduire à une dépendance excessive. Par exemple, une entreprise européenne d’IA, Mistral AI, a conclu un partenariat avec Microsoft au début de 2024 pour tirer parti de son infrastructure.

La Chine, pour sa part, semble indifférente à ces tensions internationales. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a souligné l’importance pour les entreprises chinoises de se conformer aux lois locales à l’étranger et a mis en garde contre la politisation des problématiques technologiques et commerciales.

La controverse autour de DeepSeek souligne l’interaction complexe entre technologie, confidentialité et relations internationales, alors que les pays naviguent dans les défis des technologies d’IA émergentes dans un monde globalisé.